L'aube d'un jour nouveau se lève au Saguenay
L’animateur de radio Louis Champagne a quitté les ondes au matin du 7 novembre. Je regrette qu'il ne l'ait pas fait de son plein gré, et bien avant qu'il ne soit trop tard, mais le fait devient évident: un certain style de radio n'est plus permis. Plus accepté. Les temps changent...et parfois résolument dans la bonne direction.
Plusieurs seront en désaccord avec moi, car monsieur Champagne, en près de 40 ans de carrière, s'était constitué un auditoire considérable. Il était l'animateur le plus écouté dans la région et beaucoup seront désolés, voire même ulcérés de son départ. On ne peut que constater qu'il existe une clientèle non négligeable pour ce type d'émission, à mon grand désarroi, car le besoin de se repaître l'esprit de méchanceté, de diffamation, de violence verbale et de préjugés gratuits m'impose une conclusion: il y a un très profond sentiment de mal-être dans la société.
Il faut se sentir terriblement petits, pour éprouver un tel plaisir en écoutant des propos conçus pour anéantir quelqu'un d'autre. J'ai pourtant toujours cru que personne ne devenait plus grand en piétinant ses semblables.
Monsieur Champagne a consacré une bonne partie de sa carrière à détruire des réputations. Les motifs de sa mise à pied n'ont pas été dévoilés, mais on peut supposer que les incessantes poursuites judiciaires encourues par cet animateur figurent au coeur du problème. Depuis nombre d'années, les frais juridiques ont été honorablement assumés par CKRS, qui a toujours soutenu et défendu son animateur vedette, mais il y a eu des avertissements; on a voulu mettre un holà, essayé d'instaurer des limites à ne pas dépasser, tenté de contraindre monsieur Champagne à reconnaître et respecter un minimum d'éthique.
On osa même un retrait temporaire: monsieur Champagne a disparu des ondes, quelque temps, il n'y a pas si longtemps. Le temps de réfléchir, probablement.
Ces avertissements, ces limites pourtant raisonnables, l'animateur a toujours refusé d'en tenir compte. Pire, on pourrait croire qu'ils ont contribué à le rendre plus provocateur encore, jusqu'à l'indécence. Et aujourd'hui il se proclame victime de la liberté d'expression.
Pourquoi donc?
Une crise de victimite
Il est assez remarquable de la part de cette personne, qui a consacré son inépuisable énergie à jalonner sa route des victimes de ses assauts publics, qu'elle se considère aujourd'hui victime à son tour. Louis Champagne me semble avoir toujours confondu «liberté d'expression» avec «liberté de diffamation». Or, la liberté de diffamation n'existe pas dans notre société. Du moins, elle n'est pas légalement reconnue, Dieu merci. Quant à la liberté de tenir un micro, de s'exprimer publiquement, elle vient avec son lot de responsabilités. Nul n'en est dispensé.
Elle implique d'abord un respect de l'autre, de la personne ou de la situation dont on parle. Même dans un contexte de libre expression, tant que toutes les données ne sont pas connues et validées, l'accusé est innocent jusqu'à preuve du contraire. Or, monsieur Champagne a lynché plus souvent qu'à son tour, et souvent sur la seule base de préjugés très personnels. Mais c'est un «show», dira-t-on. Excellent pour les cotes d'écoute, et chaque cas tombe rapidement dans l'oubli, vite remplacé par une nouvelle cible.
Dans l'oubli? Demandons à ceux qui en ont fait les frais! Trop de gens ont été injustement lapidés, fusillés, écorchés vifs par les propos diffusés en ondes par Louis Champagne. Demandons-leur s'ils se sont sentis, eux aussi, des victimes. Ainsi, le fait que monsieur Champagne se sente injustement traité aujourd'hui, alors qu'il a agi en pleine connaissance de cause tout au long de sa carrière et qu'on avait pris soin, à plusieurs reprises, de l'aviser lorsqu'il poussait le bouchon trop loin, ne me tirera pas une larme. Son départ me laissera toutefois un goût amer: celui de l'opportunité manquée.
Nous sommes ce que nous choisissons d'être
J'aimerais signaler que Louis Champagne ne tombera sans doute jamais dans l'oubli. C'est un homme doté d'un talent remarquable: celui de réunir et de soulever les foules. Il a su rassembler sous sa bannière le plus grand auditoire régional.
C'est là un don précieux, qui pourrait servir à faire beaucoup de bien. Hélas, monsieur Champagne utilise sa verve et son énergie à détruire. Louis Champagne aurait pu et pourrait encore utiliser son talent à d'autres fins. Il pourrait choisir de regarder par l'autre extrémité de la lorgnette, d'utiliser son don pour dénoncer l'injustice réelle, ou le mettre au service de la promotion d'idées et d'événements constructifs. Ce faisant, il aurait l'opportunité de devenir un magnifique leader positif, car il en a le charisme. Et à mon humble avis, il est encore temps.
Hélas, je ne crois pas qu'il le fera; pour le moment, il n'en démontre aucunement l'intention. Nous sommes ce que nous choisissons d'être, et il semble que Louis Champagne ait choisi de jouer les rôles du bourreau et de la victime. Personnellement, c'est là une chose qui m'attriste, mais je suis heureuse de constater que la station radiophonique qui le soutenait a choisi de ne plus endosser ce genre de pratiques. Nous sommes ce que nous choisissons de faire.
J'aimerais également rappeler que le cas de Louis Champagne n'est pas unique; inutile de chercher loin pour retracer des situations similaires où «le ménage» a été fait, parce que des gens armés d'un micro avaient irréfutablement passé outre les responsabilités inhérentes à leur pouvoir. Simplement, aujourd'hui c'est au tour de monsieur Champagne de se retrouver sous les feux des projecteurs. Je ne crois pas que sa position soit très enviable, tout comme je pense qu'elle était extrêmement inconfortable pour chacune de ses victimes passées. Aujourd'hui, Louis Champagne goûte à sa propre médecine. Regrettable, certes, mais nécessaire, car cet événement démontre une volonté radicale de changer la façon dont nous utilisons les média. Nous sommes aussi ce que nous diffusons.
Un nouveau jour se lève. Je l'espère.
J'espère qu'on assainit les ondes, sous les premières lueurs de l'éthique médiatique dotée d'une conscience.
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