L'emploi d'un certain vocabulaire dérange infiniment plus que ce qu'il désigne.
Toute mon oeuvre érotique repose sur cet emploi. Ce que j'y raconte est anodin, mais les mots sont incongrus.
Éloge du caquetage
Si le caquetage féminin séduit certains hommes (même s’il en agace beaucoup), c’est parce qu’il leur confirme l’idée d’une splendeur inutile, d’un chef-d’oeuvre frelaté, d’une fausse réussite, d’un sexe raté.
Ce babillage nacré les conforte dans la supériorité d’un silence sépulcral, d’une réflexion muette, d’un discours intérieur où les mots les plus bénins désignent la femme comme une éternelle concierge, une tricoteuse d’infini où le rien et le néant se rejoignent dans un immense trou noir. Comment ne pas idolâtrer cette épouse qui, entre deux déglutitions, peut vous parler de sa tante, des soldes, de la gastro du petit, des étrennes du facteur et de la recette du pudding ?
Mais notre érection en redemande ! Le pic du plaisir, allié à cette montagne de sottises, c’est une page de Kant lue à haute voix pendant l’orgasme ! C’est le cerisier sur le gâteau ! Pouvoir dire ou penser (penser vaut mieux) que ce fleuve ininterrompu de conneries vous transporte sur les cimes de l’Olympe, s’en persuader dix fois par jour, au besoin relancer ce caquetage d’une remarque anodine, mais c’est une jouissance digne des dieux !
C’est Bécassine au Pérou, Madame Sans-Gêne à l’Olympia, les Mémoires de Bardot, Arlette Laguiller à l’Élysée ! Il faut avoir connu ces heures de papotage sublime pour approcher l’absolu du génie d’Eve. Il est de coutume, dans certaines grandes écoles, de pratiquer l’exercice périlleux du discours vide. On gonfle ses mots à l’hélium et il en sort des politiciens de grands talents.
Mais à la différence de ces éminentes baudruches, la palabre féminine est spontanée, naturelle, osons le mot : génétique. A six ans déjà, les jeux sont faits. La précocité de leur génie étonne le monde. C’est Mozart, les notes en moins.
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