«99 Francs» (Jan Kounen, 2007)
Aveuglée par la jouissance non-stop, l’ère des voluptés règne sur l’univers de Octave. Les réjouissances, le culte du plaisir et l'abondance ont raison de lui. La société postmoderne est une société de divertissement, de diversions. «Tout le monde a besoin d’activités pour soi-disant «déstresser» mais toi, tu vois bien qu’en réalité les gens ne font que se débattre.» (Beigbeder, 2000)La cocaïne, l’alcool et le sexe… tout est là pour évacuer la peur de l’instant. «La coke est un briseur de soucis, disait Freud.» Le divertissement est souvent le moyen le plus efficace pour empêcher l’individu de penser et de réfléchir. «Des Chippendales à poil qui glosent sur la nudité en tant que libération corporelle et négation de l’aliénation postmoderne tout en montrant leur musculature.» (Beigbeder, 2000)
Être soi-même est à la mode et la désinvolture, dans le vent. L’individu a la volonté de choisir ses propres critères de vie et est théoriquement libre de le faire. S’il y a choix, il n’en reste pas moins qu’ils se font parmi de vastes possibilités. Le sujet est fragmenté; en lui s’additionnent les influences de l’inconscient et des structures socioculturelles, alors que le système lui vend l’idée d’une existence responsable et autonome. Tout est-il possible dans la mesure où les possibilités ne sont ni infinies ni illimitées ? La liberté dont nous sommes si fiers en est-elle une? C’est le paradoxe où s’opposent libertés individuelles, conformisme et refoulement. Payons-nous nos comptes librement ? La liberté peut-elle n’être qu’une illusion ? Voilà autant de questions auxquelles Octave n’est pas à l’aube de donner réponse. «Vous croyez que vous avez votre libre arbitre […] ?» (Beigbeder, 2000)
L’homme qui compose sa vie se distingue des autres «unités humaines» en personnalisant son Être. La personnalisation en marketing correspond à cela. La personnalisation est le pouvoir pour le consommateur de choisir la disposition des éléments de l’article semi-manufacturé dont il fait l’acquisition. Exemple : l’ordinateur et la voiture. Le commerçant fait croire à l’acheteur qu’en personnalisant son bien, il en augmente l’efficacité et le rendement. Souvent, la personnalisation justifie une hausse du prix de vente, alors que plusieurs personnes ayant demandées la même personnalisation, les coûts réels de production ne sont pas augmentés. Autre exemple : IKEA. Le client a le pouvoir de «designer» sa propre bibliothèque en agençant des éléments modulaires qui sont tout de même industrialisés et fabriqués en série. L’article final ne ressemble pas à une préfabrication mais les éléments qui le composent le sont. Le postmodernisme s’amorce en architecture, notamment avec le modulaire. Il ne reste plus qu’un pas pour passer à «l’individu modulaire».
Cet individu ressent le besoin d’exister par lui-même, d’être l’unique et le seul, l’élu, le messie… Octave croit d’ailleurs qu’ayant atteint l’âge du Christ, il est temps pour lui d’entreprendre une mission morale. (Cette mission consiste à s’évader sur une île déserte et à vivre éternellement riche, entouré de femmes aux noms finissant par «a» et de drogue.) On ne conçoit plus l’identité comme étant entièrement déterminée par l’inné. Elle est davantage une construction sociologique. Qui dit construction dit nécessairement paramètres, contrôle de la qualité, rejet des appareils défectueux, …
À SUIVRE …