Attrape Coeurs Salinger Personnages
12-01-2009
Publié en 1951, le roman culte de JD Salinger a marqué son époque. Confession ironique ou peinture satyrique de la société américaine, le récit de Holden trace le trajet d’un rite de passage houleux. Le caractère des personnages qui orbitent autour de cet anti héros est déterminant.
Comment Holden perçoit-il ses amis, ses professeurs et ses collègues?
Ackley est cet ami incrustant boutonneux et insécure avec cette haleine fétide. Il élabore les exploits de sa vie sexuelle qu'il n'a pas. Il est tout le contraire du compagnon de chambre d’Holden, Stradlater. Stradlater et paradoxalement tout ce que n'est pas Holden, ce qu'il ne voudrait pas être, ou tout ce qu'il voudrait être. C'est un dur, populaire, fier, sur de lui. Il se caresse toujours amoureusement le ventre, l’estomac et les abdominaux. À l'extérieur, il est beau, il est propre et tout, mais en vérité, comme l'indique le soin qu'il apporte à sa toilette et à son rasoir souillé, il est aussi dégueulasse qu'Ackley. Les apparences sont parfois trompeuses. Tout le collège se fait prendre au jeu, mais pas Holden. Lui sait. Il sait que le monde et la supposé grandeur de l'humanité ne sont qu'un masque et qu'en vérité le monde est crapuleux, «dégueulasse», une pourriture qui ronge l'innocence de son enfance en perdition. Il se préoccupe de lui même et aime aussi qu'on se préoccupe de lui. Il veut le manteau de Holden, il veut qu'il rédige sa rédaction. C'est le «me, my-self and I» que tout ado a un jour rencontré et devant lequel il faut arriver à prendre position. Stradlater c'est aussi le sexe gratuit, sans amour, l'amour opportuniste et arriviste d'un ado surexisté qui fantasme sur lui-même. Lui, aurait couché avec la prostitué, pas Holden. Qu'il nomme respect de soi au d'autrui, ça fait que les valeurs lubriques de Stradlater, Holden ne les partage pas. Si on dit que la sexualité de Stradalter est «mature», adulte, Holden en est dégoûté malgré une sexualité pressante. Est dégoûté de cet amour adulte si loin de l'Amour idéalisé, comme autant de petits chérubins dans son esprit qui se butent à un film porno.

Carl Luce est plus âgé de trois ans qu'Holden, sa maturité prétentieuse n'est donc pas qu'une question de sexe. Bien que cette question soit importante pour qualifier le degré de maturité. A Whooton, c'est Luce qui donnait des trucs conseils en matière de sexe et tout. Il avait fait de ces petites soirées secrètes tout un «one man show», où il relatait des histoires salées qui ne manquaient pas d'avoir beaucoup d'effet sur l'auditoire. Maintenant il est avec une chinoise de 30 ans son aînée, sculpteur de surcroît. Rien de moins hétéroclite. Au yeux d'Holden, Luce est indéfini, peut-être même bisexuel ou quelque chose comme ça. C'est un pervers, un déviant. L’introduction subtile d’une certaine homophobie est essentielle pour la suite du roman (épisode avec Antolini). Holden est inconfortable avec sa sexualité, il croit être hétérosexuel. Holden boit beaucoup. Il lui pose des questions agressives.
Spencer, c’est son professeur d’histoire, celui qui ne comprendra jamais mais qui tente à tout le moins de comprendre, c’est assez pathétique. L’écart de l’âge souligne le conflit de générations, l’incommutabilité. Le vieil homme dit « mon petit, mon garçon », avec un ton paternaliste qui exaspère. Ici, on voit l’intolérance dont les ados font souvent preuve, intolérance envers les aînés qui n’ont plus la fougue… : « se demander à quoi ça lui servait encore d’être en vie. » La discussion qu’il a avec lui est une étape dans la remise en question, mais il fuit littéralement.
Mr. Antolini était le professeur d'anglais (de littérature) dans le passé, à Elkton Hills. Il semble être la première personne faisant partie du monde décadent (relation avec un adulte) qu’il trouve sympathique. Maintenant, il enseigne à l'université de NY et Holden décide de lui rendre visite, et de trouver par le fait même un toit provisoire, jusqu'au mercredi. Notons que le mercredi est le jour qui souligne le milieu de la semaine, la journée qui a la réputation aussi d'être la plus chargée. Comme l'adolescence qui est aussi un entre-deux. Holden avance à reculons vers ce mercredi fatidique, entre l'enfance et l'âge adulte.
Il est jeune, il est sympathique et Holden se sent respecté par cet homme, celui qui lui fera du fond de son ivresse un cours privé sur la vie. Peut-être un peu moraliste, il est de celui qui tente encore de comprendre et de pénétrer le monde cérébral d'Holden, de l'éclairer dans sa quête. Holden ne sait pas ce qu'il veut, il sait surtout ce qu'il ne veut pas. Lorsqu’il croit que l’intellectuel lui fait des avances homosexuelles il devient alors très tendu et le quitte rapidement prétextant des valises à la gare.

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Dernière mise à jour : ( 12-01-2009 )
 
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