Les personages du roman de JD Salinger sont savoureux, biscornus et variés. À travers leur description se dessinent et se tissent l’évolution du personnage principal, Holden.
Phoebé, la petite sœur rousse de 6 ans, est encore innocente. Vierge dans tout les sens du terme. De 10 ans pourtant sa cadette, elle le comprend, du premier coup et clairement. Intelligente (par ce que l'intelligence semble être de famille, bien que Holden soit le seul à ne pas réussir à l'école, du moins) et sagace, elle danse à la hauteur des espoirs de son frère. Mais ils ne dansent pas en public, c'est un plaisir qui se vit dans l'intimité, loin du spectacle vendu qui gâche tout. Elle est une source de joie qui inonde le récit. Ils sont sur la même longueur d'onde. C'est rassurant pour Holden de savoir qu'il participe encore directement de ce monde léger où la jeune Phoebé flotte encore. Elle le comprend comme Jane le comprendra aussi. Avec elle aussi il parle confortablement de sujets épineux et déchirants. Sans fard. Quand elle dort elle a toujours l’air en paix, calmé et sereine, pas comme les adultes.
Allie, mort trois ans avant que le récit nous soit narré, décède d'une leucémie, cancer du sang. Le spectre de ce garçon brillant, amical et roux tourmente Holden. Il voudrait tout à coup qu'il le suive au bois. Revenir en arrière. Allie, c'est la nostalgie déplacée de sa propre enfance ambitieuse La nuit où Allie est mort, (Holdent raconte presque comme si de rien n'était, loin de sa souffrance), comment il a brisé les vitres du garage pour se labourer les mains, et se blesser. Pour lui aussi aller à l'hôpital, comme s'il était possible d'en prendre sur ses épaules. Faire de lui un attrape-cœurs. L'objet qui tient le plus à Holden, le gang de base-ball où est inscrit des poème à l'encre verte, avait appartenu à Allie. Allie était le membre le plus intelligent de la famille, mais il n’est plus là pour en témoigner. Il n’y a encore que ce qu’en dit Holden pour nous faire découvrir le personnage. Allie est un souvenir qui ne se matérialise pas. Holden idéalise donc Allie.
B.D. Il l'admire, le déteste. B.D. est un vendu, vendu aux lois de l'offre et de la demande d'Hollywood. Il est un vrai adulte qui répond à des commandes et à quelque part, selon Holden, n'est plus lui même. Il est celui qui sort avec les stars d'Hollywood, les putains d'un public avide qu'il déteste aussi et qui roule en jaguar, symbole flagrant d'animalité et de puissance. Il n'y a pas pire crime selon Holden que celui de se trahir, et ce volontairement. Celui qui écrit pour les films. Ce n'est pas hasard si Holden déteste les films, c'est que s'y canalise toute une série de tensions et de pertes. Quelle bassesse pour lui! Mais il faut bien manger. Holden a peur d'arriver à cette étape, où lui aussi devra faire de concessions, prendre ses responsabilités. B.D. est cette projection dans le passé qui traumatise Holden. Mais où est l’imagination débordante de B.D ? Bien que sa compagnie ne lui pas désagréable (il dit : « même à B.D. j’en ai pas dit plus, pourtant c’est mon frère et tout (la confiance n’est pas totale))», il regrette que la littérature ait perdu le talent de son frère, tout en se faisant pervertir par les œuvres qu'il pond maintenant.
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