Un certain langage des fleurs
Chantale Vincelette, photographie numérique
Œuvre disponible
Douce lumière; c'était en juin. Nuances chaudes, tièdes, apaisantes, caressantes. Pétales enveloppants, prudemment déployés autour d'un cœur en fusion, veillant jalousement sur lui, veillant aussi chacun l'un sur l'autre. Une impression feutrée, un silence ouaté. Ici, rien ne peut troubler l'instant de quiétude.
Telle l'enfant endormi contre le ventre de sa mère, elle est protégée au rythme de la respiration des brises, ces brises qui furent vents et qui, l'espace d'un moment, ont toutes choisi de faire silence: la fragilité les désarme, les pousse à se regrouper tout autour, en l'effleurant à peine, en n'osant bousculer de leur maladresse cette fleur offerte, à la fois si délicate et si forte, pensée éphémère née des puissantes pulsions créatrices de la Terre elle-même.
La caméra sait cueillir ces bouquets de scènes vivantes ignorées par l'œil qui, trop accaparé par tout ce qui l'entoure, les laisses échappées en se dirigeant ailleurs, en s'aventurant trop vite vers de lointains nulle part. Instants fugaces, instants précieux, des dons de beauté qui empruntent cette voie pour nous offrir leur histoire à nous, créatures pressées et si continuellement engluées dans les chiffres, que nous ne savons plus reconnaître la valeur de ces trésors exempts de prix.
La caméra capture, la caméra fige, mais au bout du compte, c'est le cœur qui saura comprendre les paroles de la chanson et en interpréter le sens; c'est le cœur qui saura, au bon moment, crier «Avez-vous vu? La vie s'exprime ici».
La caméra, observateur neutre à l'esprit étroit, prisonnier d'un cadre rigide, assure le relais entre notre œil et notre cœur. La caméra, voyeur impuissant, impose à nos yeux ce qu'autrement, nous ne saurions voir.
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