Écoutons-les! Toutes les occasions sont bonnes
Toutes les occasions sont bonnes pour déclencher une réflexion, une prise de conscience; celle-ci a pris naissance lors d'une visite chez mon coiffeur, alors qu'il était aux prises avec un dilemme concernant la meilleure façon de tailler les cheveux autour de mes oreilles; il m'a proposé de laisser quelques mèches en recouvrir une partie, décrétant que «C'est pas beau, des oreilles»!
J'ai accepté sa proposition que je trouvais jolie et agréable, mais cette phrase a continué à trotter dans ma tête bien après que j'eus quitté le salon. Pas beau, des oreilles? Je ne peux m'empêcher de réagir à cette affirmation, bien que je connaisse le contexte dans lequel elle s'insère! Moi, je trouve ça beau, des oreilles; j'en ai deux qui sont très sensibles et je m'en sers.
Il m'arrive par contre, en y repensant, de constater que bien des gens cachent les leurs. Ils peuvent ainsi feindre de ne pas entendre ce qui les dérange, ce qui les choque, ce qui va à l'encontre de leurs croyances. D'autres parlent peu et les maintiennent grandes ouvertes, et à ceux-la je dis bravo, et merci: je m'inscris en tant que partisane de cette pensée qui suggère que si la nature nous a munis de deux oreilles et d'une seule bouche, c'est pour nous rappeler d'écouter deux fois plus qu'on ne parle.
Y a-t-il quelqu'un qui parle quand j'écoute?
Je tiens à maintenir mes propres oreilles grandes ouvertes, bien dégagées et libres d'interférences; la vie m'en a dotée d'une paire raisonnablement grande, mobile et aux bouts quelque peu pointus; on me l'a si souvent fait remarquer que je peux difficilement les ignorer! Cette belle paire va de pair avec une tendance naturelle à écouter, bien plus qu'à parler; depuis aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours attiré et recueilli les confidences.
Il m'est arrivé, parfois, de trouver ça lourd; écrasant, même. Généralement, parce que je ne trouvais pas les mots susceptibles d'apaiser cette souffrance qu'on me confiait; je ne trouvais pas les mots d'encouragement, les mots qui édulcorent, endorment, distraient, changent le mal de place, enrobent la pilule; je n'ai jamais très bien su mentir, je n'ai jamais su dire ces phrases toutes faites qui semblent toujours convenir et surtout, permettre de ne pas s'impliquer dans la confidence de l'autre, de ne pas faire de ses problèmes, les nôtres. Je n'avais pas compris qu'en se confiant à moi, on n'attendait pas de moi des mots de réconfort mais bien, presque à chaque fois, des oreilles attentives. Uniquement et simplement, des oreilles.
J'ai cessé de chercher des mots à répondre pour me concentrer exclusivement sur l'écoute; du fait, cette écoute a cessé de me peser pour devenir un formidable miroir d'échange. J'ai réalisé qu'en écoutant sans chercher à parler, on écoute réellement. Et cette écoute fournit en silence, la plupart du temps, bien des réponses à qui sait les entendre.
Simplement, sans artifices, elle fournit les réponses appropriées, à ce moment-là, dans ce cheminement-là; des réponses sur mesure, des réponses dans lesquelles celui qui parle reconnaîtra les solutions qu'il recherche, puisque c'est lui-même qui les aura entendues; il les aura perçues dans le silence. Ces réponses ressemblent au triangle dans l'orchestre symphonique: pour qu'on puisse être en mesure d'entendre le triangle, l'orchestre doit accorder un instant de silence.
Comment pouvons-nous entendre ces réponses que la vie chuchote doucement, si nos oreilles s'encombrent de bruit, se ferment à l'autre?
Les sons dans le silence
Ipod, mp3, radio trépidante, cellulaire, publicités agressives, hurlements incessants de nos pensées angoissantes tournant en boucle: nous avons tout mis en place pour éviter d'entendre les sons du silence; or, le silence parle constamment, d'une voix douce. Il parle à chacun de nous, attendant simplement qu'on veuille bien l'écouter.
Qui a peur du silence? Qui a peur de se retrouver seul face aux vraies réponses qu'il cherche? Qui allume la télé, la radio, qui saisit le téléphone aux premières minutes de solitude?
Qui se souvient du chuintement de la brise dans les feuilles d'un tremble, du grondement du ressac, des crépitements d'un feu de bois, du chant des oiseaux, du murmure d'un ruisseau?
Qui a déjà écouté la neige en train de tomber? Qui a déjà réalisé combien, lors d'une coupure de courant électrique, le silence est chargé d'un réconfort enveloppant? Qui a réalisé que lors d'une coupure de courant, les gens se tournent les uns vers les autres?
Nous oublions trop souvent d'écouter. Nous oublions trop souvent qu'écouter signifie s'ouvrir, s'ouvrir à ce qui nous entoure et à qui nous entoure; nous oublions trop souvent que nos oreilles sont autre chose qu'une excroissance latérale de notre tête, qu'il faut boucher, cacher ou utiliser comme un support à bijoux. En oubliant nos oreilles, nous nous transformons en murs hermétiques, infranchissables, étanches. Entre ces murs, nous enfermons nos cœurs.
Les murs ont-ils des oreilles? Parce que les cœurs, eux, en ont.

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