Mai 2002… Les araignées sont du matin, mon chagrin sur la toile.
J’essaie de comprendre la faille et le trompe l’œil. Je veux connaître ce vent qui me pousse vers les hommes, tous les mêmes, la main sur l’oreillette et l’autre sur le flingue pour m’ouvrir la route. Des colosses qui me font de l’ombre et gardent mon corps de trop près pour des coups et blessures que mon paternel ne m’a jamais infligés.
J’ai tué le père, cependant. J’ai haussé le ton et choisi les mots les plus abruptes afin de réformer notre relation. Du reste, le géant de toujours s’est effondré comme un jeu de Lego mais chacune de mes rencontres est une brique assemblée qui relève sa toute puissance.
Si l’Œdipe est réglé, le mystère de l’île de Pâques reste entier.
Juin 2002…
La musique est en fête et les lillois battent le pavé.
J’ accompagne la foule pour mieux l’abandonner devant mon bar où l’asphalte réfléchit les néons de couleur, seuls intermittents de ces jeux du cirque. L’arène d’une gueule d’amour qui fait de moi son roi et déroule le tapis rouge aux portes de ma demeure. Il glisse dans mon alcôve, je tire les rideaux et la nuit la plus courte de l’année se déploie comme la pierre angulaire d’un futur conditionnel.
Pour toucher l’éphèbe, en effet, je dois passer par sa chambre secrète, ce tertre qui tend la peau de sa poitrine et recueille le cocktail antibiotique afin d’imbiber le mal. Cette excroissance qui attire le regard des cons sur la plage.
Oui, j’ai écrit plage. J’ai pensé aux voyages que nous avons fait tous les deux.
Oui, j’ai pris l’adonis et l’évanescence, ce quotidien de toux et de lymphe, de tout et de rien qui le font rire aux éclats. Sa jeunesse et sa mucoviscidose ont fait de moi un géant de l’île de Pâques et, pour la première fois de ma vie, je suis responsable de l’être que j’aime.
Je suis le père mais il n’est pas mon fils et si je tiens les brides du pouvoir, c’est uniquement pour emmener notre attelage aux portes de Venise, d’Amsterdam ou de Marrakech.
Là bas, comme partout ailleurs, je m’adapte à son rythme mais, sans cette défaillance, danserait-il sa vie autour d’un feu de joie comme il le fait depuis sept ans ?
Sans elle, aurais-je appris la saveur de l’instant présent ?
Et qui protège l’autre, finalement ?
Il reste tant de question et de certitude d’avenir qui, peut-être, n’auront pas le dernier mot car il me tuera, d’une manière ou d’une autre…
Nous sommes tous des pères éphémères.
Sam Elony
www.elonysam.fr
|