Amour et mort dans le cinéma de Duras 10
Écrit par Prune   
24-07-2008

La thématique des films L’Amant (Jean-Jacques Annaud, 1991), de Hiroshima mon amour (Alain Resnais, 1959) et de India Song (Marguerite Duras, 1975) s'articule autour de l'amour. Mais la mort rode.

 

Les lieux filmés par Duras sont confinés, une pièce, un salon. Même les scènes extérieures semblent tristes et contraintes. L’enfermement d’Anne-Marie est celui de ses passions. Les dualités de l’amour durassien s’expriment aussi bien dans : « Tu me tues, tu me fais du bien. Dévore-moi, déforme-moi jusqu’à la laideur.» «Quelle douleur au cœur. C’est fou.» (Hiroshima mon amour)  Quelle horreur cache cet «amour abominable»? La mort, l’absence d’amour : «La lèpre du cœur.»

 

La mort ici ne remplit aucune de ses fonctions de coutume, elle n’est ni sacrifice ni rédemption, elle n’est que décomposition comme l’est le cadavre de l’Allemand qui pourrit lentement sur les berges de la Loire. Anne-Marie dans India Song aurait voulu clore son histoire d’amour impossible avec Michael Richardson par une mort théâtrale dans un lieu de perdition, un bordel. L’assommant cri des corbeaux et «Cette odeur de mort tout à coup.» dans «Calcutta désert» exprime clairement cette idée de mort qui rode dans la vie. Si Anne-Marie allait y mourir, Elle, grâce à son amant chinois allait y naître.

 

L’amour est manifestation de mort. L’amour est aussi vulnérable que la chair calcinée de Hiroshima. La douleur accumulée se dissipe dans la jouissance des corps. Souffrance grimaçante et satisfaction s’unissent. À l’extrême jouissance des amants s’oppose l’extrême douleur. Sur le visage de la jeune fille vont se succéder douleur et plaisir. Pour les amants d’Hiroshima, «il ne leur (nous) reste plus maintenant qu’à tuer le temps qui les (nous) sépare de son (ton) départ.» (Hiroshima mon amour) C’est plutôt étrange quand on pense qu’ils passeront ce temps à s’aimer. S’aimer en tuant !

 

Eiji Okada et Emmnauelle Riva (Hiroshima mon amour, Resnais)

 

La caméra s’immobilise dans les scènes avec l’Allemand alors qu’avec le Japonais, elle se mobilise. Les plans fixes de Renais racontent la mort, les panoramiques de Duras la langueur. Conclusion : l’amour est mortel. «Je tremble d’avoir oublié tant d’amour.» (Hiroshima mon amour) Même si l’amour est vainqueur dans la mort grâce aux souvenirs des vivants, la vie elle-même est vaincue, l’amour l’est donc aussi. «Qui est doué de mémoire est passible d’oublier.» Pour avoir vu à Hiroshima, il aurait fallu y mourir ; les amants eux n’ont rien vu, ni amour, ni mort. Elle ne voit que mise en scène, que son passé revu et cautérisé. Sa conversation avec le Japonais où elle se confie n’est pas sans rappeler le transfert psychanalytique : «Parle encore, parle.» Le Japonais prend la place du fantôme de l’Allemand : «Je suis mort.»

 

Elle lui répond, enfin, après tout ce temps loin de son amour. Elle croit au pouvoir percutent du passé sur le présent. Le pouvoir de la substitution va la libérer de ses angoisses. La narratrice de L’Amant se purifie aussi par l’écriture de son histoire. Quant à India Song, la réalisatrice s’exprime directement à nous. Anne-Marie Guardi, est à Venise ce que Elle de Hiroshima  est à Nevers. Seulement Anne-Marie ne parlera pas, elle restera silencieuse et mourra, nue et noyée.

 

Lire la suite : L'Amour chez Duras 11

 

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Dernière mise à jour : ( 24-07-2008 )
 
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