Analyse du cinema de David Lynch
Écrit par Prune   
13-09-2008
Le cas de Laura Palmer dans le film Twin Peaks de David Lynch est très intéressant du point de vue psychiatrique. Le réalisateur ne craint pas les idées saugrenues et les figures de styles incompréhensibles.

 

Le diagnostic de Laura est sans appel : psychose. La fuite du moi face à la réalité constitue le noyau psychotique de Laura : «Le moi rejette la représentation inconciliable en même temps que son affect, mais celle-ci est inséparablement attachée à un fragment de la réalité si bien que le moi, en accomplissant cette action, s’est séparé aussi, en totalité ou en partie, de la réalité.» (Josiane Chambrier, Roger Perron, Victor Souffir, Psychoses I, Théories et histoire des idées) Le détachement de la libido est le mécanisme initial de la psychose : «… la possibilité d’une restitution libidinale aux objets sous forme de délire et de nouvelle manifestation d’intérêt.»
L’hallucination est la reconstruction malhabile d’un moi en rupture avec la réalité, «tentative secondaire de restauration d’un lien objectal ». Le pendentif demi-cœur écorché que Laura porte représente bien la «déchirure» du moi. Le cœur (la vie) sera arraché volontairement par le père lors du meurtre. Le délire compense le vide, il est signifiant de ce qui est forclos. Le psychotique rejette le réel. Désordonnée symboliquement, Laura va broder une néo-réalité autour de ce vide, néo-réalité qui s’exprime par ses délires et ses hallucinations.
«Fondamentalement, c’est dans une perturbation primaire de la relation libidinale à la réalité que la théorie psychanalytique voit le dénominateur commun de psychoses, la plupart des symptômes manifestés (construction délirante notamment) étant des tentatives secondaires de restauration du lien objectal.»
La psychose est la manifestation explicite de l’espace psychique menacé. Une relation au monde extérieur perturbée conditionne le déséquilibre de l’affectivité, la déformation de la conscience du sujet et l’altération de son jugement. «Est-ce vrai ou faux ?» Laura perd contact avec la réalité. Le moi ne parvenant plus à délimiter un espace rationnel sombre. La psychose est : « une perturbation primaire de la relation libidinale à la réalité ».
 
Lorsque les mécanismes de défenses restent constamment inefficaces, la gravité du traumatisme psychique ancre la pathologie de façon définitive. L’inconscient est stigmatisé par des traces mnésiques, matrice de la mémoire inconsciente. Dans la logique - ou l’illogisme - de l’inconscient, le temps n’existe tout simplement pas : Piera Aulagnier insiste sur la déconnexion temporelle du psychotique : l’horloge folle perçue par Laura montre bien cette tendance déstabilisante.
 
Le moi s’expose à la psychose. La réalité mystérieuse devient surnaturelle, folie. Le moi est vampirisé par le Mal incestueux incarné par un Bob. Il entre, tel Nosferatu, par la fenêtre de sa victime consentante afin de la posséder sexuellement. La forêt noire (éclairage unique de la lampe de poche), lieu de mort (sexe-drogue-mort), symbolise la santé mentale perdue.
Laura semble parfois consciente de son glissement psychotique, sans toutefois entrevoir la possibilité d’un salut : l’ange qui s’estompe du tableau est le signe de l’abandon de tout espoir de rédemption : «… On accélérerait. Pendant longtemps d’abord on ne doit rien sentir. Ensuite on exploserait dans un flash et on brûlerait à jamais. Les anges ne pourraient rien pour nous parce ça fait longtemps qu’ils sont partis.» Le vertige psychotique s’exprime par le contraste des très gros plans : bouche, ongle, luette, la musique d'Angelo Badalamenti, les jeux d’éclairages discordants.
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Dernière mise à jour : ( 13-09-2008 )
 
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