Cinéma de Hitchcock : substitution dans Vertigo 4
Écrit par Prune   
01-08-2008

Dans « Vertigo », Hitchcock démonte - encore - le génie de ses histoires. Maître incontesté de la mise en abyme, le personange de Scottie va permettre à Madeleine-Judy de renaître. Cette renaissance passe par la mort symbolique de Judy.

 

Amoureuse de Scottie, Judy est prête au pire des sacrifices pour ravoir son amour, celui de sa personnalité au profit de l’autre en elle. «Je le ferai pour que vous m’aimiez.» dira t-elle.

 

Judy (Kim Novak)

 

La viabilité de l’image de Judy se concentre sur le signifiant Madeleine-Judy, objet de désir de Scottie. Il a pour principe la domination de Scottie. Les changements opérés par Judy sur sa personne ne sont plus amoureux mais instaurent un système surpuissant qui réaffirme avec force les rôles de chacun. Le comble de la domination masculine est de limiter la jouissance féminine à une pénétration et à une volonté masculine. Judy est aliénée, vendue au désir de l’autre, de Scottie. Elle se gratifie par le plaisir de cet autre. Au renoncement de Judy est synonyme celui de son corps et de son intégrité. Le clivage corps-esprit est désastreux : Judy est l’objet désiré et non le sujet désirable de Scottie.

 

Madeleine (Kim noval), Scottie (James Stewart) et Judy (Kim Novak)

 

Judy voudrait être aimée pour elle-même, mais elle sait Scottie fidèle à sa passion pour Madeleine-Judy. Afin de l’être par procuration, elle endosse une seconde fois le rôle de Madeleine. 

 

 

Ironiquement, Judy se maquille davantage que lorsqu’elle était costumée en Madeleine. La transformation de Judy est graduelle et s’amorce dès le début de sa relation avec Scottie. Lorsque Scottie la raccompagne, après leur première sortie, la caméra piège une fois de plus le profil de Judy. Dans l’ombre verte et masquante du néon de l’hôtel Empire,  la voix rustre et nasillarde de Judy laisse place à celle quasi musicale de Madeleine-Judy.

 

Le profil de Judy laisse le mirage de Madeleine s'exprimer

 

Chaque abdication de Judy est une victoire pour le projet de Scottie. Scottie cherche obstinément chez elle un petit quelque chose qui les dépasse dans un mysticisme suspect. «Pour vous, ça n’a pas d’importance.» dira-t-il. Judy se ralliera rapidement à cette idée. Scottie contrôlera la garde-robe de Judy, allant jusqu’à retrouver l’austère tailleur gris et le modèle exact de chaussures que Madeleine-Judy portait. Ensuite, Judy passera littéralement au maquillage et à la coiffure. Lorsque finalement elle coiffe ses cheveux décolorés en un chignon tourbillonnant, elle met en place le dernier élément de sa transformation.

 

 

La possession fantomatique rend possible l’immortalité de l’âme de Madeleine-Judy. Judy meurt pour renaître, grâce et pour l’amour de Scottie. Passive et résignée, elle apparaît à Scottie, telle une revenante translucide,  dans un nuage brumeux et verdâtre. Si Madeleine-Judy jouait une morte, Judy n’en fait pas moins aux yeux amoureux de Scottie.

 

Judy apparaît sous l'apparence de Madeleine

 

Lire la suite : Objet d’amour  impossible http://www.lexisarte.com/critique-cinema/objet-damour-impossible-vertigo-film-de-alfred-hitchc.html

 

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Dernière mise à jour : ( 01-08-2008 )
 
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