Duras au cinéma : famille et amour torturé 12
Écrit par Prune   
24-07-2008

La famille est un sujet entral chez Duras. La thématique des films L’Amant (Jean-Jacques Annaud, 1991), de Hiroshima mon amour (Alain Renais, 1959) et de India Song (Marguerite Duras, 1975) s’articule autour de l’amour.

 

Après l’amour a-romantique, il y a les désordres sentimentaux de la famille. Dans L’Amant, Elle voudrait expliquer l’in-amour de la mère : «La mer est mauvaise.» Le piano n’en finit pas d’hurler la chanson funéraire de la mère, India Song. La famille est d’ailleurs l’endroit de tous les impossibles, là où les contraires s’unissent, un lieu de folie.

 

     

Arnaud Giovaninetti, le frère   Frédérique Meininger, la mère

 

Sur la maison de Sadec comme à Nevers, il pleut. La mère est hypothétiquement le premier objet d’amour, premier objet d’amour perdu. C’est avec la mère que s’établit le premier dialogue; les films sont aussi des dialogues. L’interdit de l’inceste force la substitution de la mère aux amants. L’amant chinois dit que c’est «[..] avec son enfant qu’il faisait l’amour chaque soir.» La narratrice «[…] ainsi j’étais (était) devenue son enfant.» Dans le lien érotique qu’elle entretient avec le Chinois, la narratrice assouvit des désirs archaïques : « [...] là tout est bon, il n’y a pas de déchet, [...] tout va dans le torrent, dans la force du désir.»

 

 

Jane March et Tony Leung Ka Fai (L'Amant, Annaud)

 

Souvent les plans montrant les narratrices avec leurs amants sont entre-coupés de plans de la narratrice plus jeune et de sa mère. Le rituel de purification permet d’établir cette transaction affective. Le grand nettoyage annuel de la maison maternelle rappelle le bain donné à la jeune fille par l’amant : « [...] longuement, comme elle faisait chez sa mère avec l’eau fraîche d’une jarre qu’il garde pour elle.»

 

Dans Hiroshima mon amour, des plans d’elle dans les bras de sa mère sont suivis de plans d’elle dans les bras de son amant; c’est du pareil au même. L’interférence entre l’érotisme, l’exotisme et la filiation atteint ici un paroxysme. Il s’agit d’une projection en condensée. C’est là la seule façon de maintenir un barrage, non pas contre le pacifique mais contre la jouissance mortelle et incestueuse en rapport avec cette mère phallique et pourtant impuissante.

 

Lire la suite : Marguerite Duras au cinéma 13

 

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Dernière mise à jour : ( 24-07-2008 )
 
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