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La thématique des films L’Amant (Jean-Jacques Annaud, 1991), de Hiroshima mon amour (Alain Rsenais, 1959) et de India Song (Marguerite Duras, 1975) s’articule autour de la rencontre amoureuse. Des figures comme le fleuve, l’Orient et l’eau mettent en scène cet amour violent.
À travers les films, l’image du fleuve, symbole créé par l’auteur pour extérioriser la thématique amoureuse et sexuelle, lie les intrigues et les ruptures : « […] tout ça dans le torrent, dans la force du désir.» Dans Hiroshima mon amour, la musique régulière de la rivière Ota exprime la plénitude au présent. La métaphore fluviale rend compte d’une puissance imperturbable, d’une énergie pure à laquelle le sujet est entièrement subordonné et à laquelle sa résistance doit céder. Il s’agit d’un mouvement. Être emporté par le courant signifie même être emporté avec soi. L’eau prend aussi un double visage; celui des marécages boueux, «des eaux terreuses du Gange» (indoa song), les rizières inondées et celui des flots fougueux du Mékong ou de la rivière Ota.
Sadec, la ville de L'Amant
Dans cette perspective, le rapport sexuel symbolisé devient mortel et terrifiant : le corps hyper sexué de la femme par une jouissance pulsionnelle sans frein est condamné à se fondre en boue, en vase. Sous le soleil brûlant de l’Orient se marient eaux limpides et vaseuses, eau et terre, vie et mort. Le pays même avec ses ambivalences topographiques témoigne de l’ambiguïté des sentiments : « […] la grande plaine de boue et de riz du sud de la Cochinchine.» (L’Amant) aux «forêts pestilentielles». Quant à l’eau chez Duras, elle n’est jamais bleue, mais noire. Noire comme l’est l’étrange sexualité féminine décrite par Freud. L’eau est la matrice de toute vie.

Tournage L'Amant (Annaud)
D’une part, la violence du fleuve emporte tout sur son passage, d’autre part, il est le lieu où les amants se rencontrent, sur le bac ou sur les berges du Gange. L’eau fait naître le désir; elle est conduction et contagion de ce désir. Elle avait rendez-vous sur le quai de la Loire pour s’enfuir avec l’Allemand. L’eau est une force osmotique qui va séparer les amants aussi certainement qu’elle les a réunis.
Jane March et Tony Leung Ka Fai (L'Amant, Annaud)
Dans L’Amant, la scène de rencontre est très semblable à la scène de rupture, pour ne pas dire inversement identique. Le mouvement du bateau et l’immobilité de la limousine donnent aux événements un sentiment de mouvement et de stagnation où la narratrice court vers la mer-mère et son destin. La narratrice de L’Amant dit qu’« [...] elle avait pensé à cet homme de Cholen et elle n’avait pas été sûre tout à coup de ne pas l’avoir aimé d’un amour qu’elle n’avait pas vu parce qu’il s’était perdu dans l’histoire comme dans l’eau, dans le sable et qu’elle le retrouvait seulement maintenant [...] (L’Amant). La tranquillité excessive du corps traduit l’affolement des sens.
Jane March et Tony Leung Ka Fai (L'Amant, Annaud)
La fin de la liaison participe d’une impulsion continue qui est aussi le gage de la capacité d’agir du sujet féminin dont le récit a permis l’inscription. Ce n’est plus le marin qui quitte une femme de plus dans un port quelconque, mais le contraire, comme quoi Duras aime faire chambouler les rôles. La montée de l’eau et de la marée rappelle celle du plaisir de même que celle de la douleur lancinante. Le fleuve est les amants, il est la jeune fille : « […] tout va vers le pacifique [...] tout est emporté par la tempête profonde et vertigineuse du courant intérieur [...].» Ce sont des films de l’écoulement : enfance, innocence, temps, jeunesse, amour, beauté, etc.
Le cinéma est un art de mouvement. L’amour des femmes durassiennes est aussi un perpétuel mouvement, en quête d’assouvissement : dans India Song, pour contrer la chaleur étouffante de Calcutta, on prescrit «l’immobilité, pour ralentir le sang». Les danses de Anne-Maire rappellent ces mouvements, ceux de l’amour. La danseuse sourit toujours lorsqu’elle danse : «Elle a toujours aimé danser.»
Lire aussi : Duras et amour 9
http://www.lexisarte.com/critique-cinema/duras-amour-et-haine-au-cinema-9.html
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