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Les jeux de la narration chez Duras ne sont pas une mince affaire. La thématique des films L’Amant (Jean-Jacques Annaud, 1991), de Hiroshima mon amour (Alain Renais, 1959) et de India Song (Marguerite Duras, 1975) s’articule autour de la rencontre amoureuse.
Dans les trois films, il y a trois instances : l’auteure, la narratrice et le personnage principal. À travers ces différentes voix et d’un film à l’autre, l’identité de la femme durassienne se recouvre entièrement, le moi s’harmonise. Ces jeux permettent au présent de réactualiser le passé et ses impressions éphémères. Le récit de ce passé ré-évalué par la très malléable mémoire est le véritable objet de l’exercice du film. Les voyages dans le temps sont impossibles, seule la réminiscence l’est.
La voix-off de Jeanne Moreau est cet écrivain au présent qui se souvient et qui nous raconte bien ce qu’elle veut et non pas ce qui s’est «réellement» passé : « Sur le bac, regardez-moi, je les ai encore. Quinze ans. » L’espace temporel s’évanouit dans : « J’ai un visage détruit. Que je vous dise encore, j’ai quinze ans et demi.» (L’Amant) La musique exotique qui accompagne le prologue n’appartient pas au présent, seul l’est le bruit du crayon sur le papier; la narratrice n’est plus en Asie mais elle se souvient.
Jane March (L'Amant, Annaud)
Dans India Song, on retrouve le même type de musique exotique sur fond de paysage immobile. Cette fois, l’histoire semble se dérouler au présent, un présent introspectif qui a bien peu à voir avec le déroulement des secondes et des minutes. Lorsqu’elle parle du musée de Hiroshima, elle aborde aussi la question du souvenir en repensant le cinéma comme représentation : « […] les reconstitutions, faute d’autre chose.» : elle est comédienne dans la fiction. Hiroshima est une matriochka, une mise en abyme continuelle où se mêlent illusion, fiction, auto-biographie et histoire.
Jane March et Tony Leung Ka Fai (L'Amant, Annaud)
Même si les narratrices tentent de communiquer leur subjectivité avec des «films faits avec sérieux», cela reste une illusion de l’authentique. Ainsi se trace l’esquisse d’une étude narratologique genettienne que sans doute personne n’a envie d’entamer ici. À demain la sémiotique ! Au cinéma, l’illusion parfaite est émotion. Dans l’univers de Duras, si l’amour est une illusion, il se sauvegarde de l’oubli : «Je crois que je t’aime.» (Hiroshima mon amour) Comment ça croire ?
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