|
Étudier et repérer les figures de style, c’est prendre conscience des procédés expressifs propres au film, c’est communier avec ce langage, c’est re-connaître et intégrer ce code vers une appréciation sans doute plus juste des intentions du film.
La mise en scène signifie en elle-même par la magnificence de ses manœuvres. La forme que prendra l’expression sera nécessairement l’écho d’un contenu qui tend à se rendre accessible. Considérations historiques psychanalytiques et idéologiques sont donc inévitablement au menu.
Métaphore - Description de la scène : Le comparant : la séquence du générique est celle d’un liquide rouge qui s’étale en zigzags artistiques sur une surface plane, blanche et immaculée, puis le titre. Effet synecdochique, oui, mais plus largement, métaphorique. Le couteau d’acier inox fendant l’air tranche quelque chose comme un magret de canard. En effectuant un travelling arrière, apparaît une bande de guindés autour d’une table, sauce rouge et design alimentaire dans l’assiette en prime.

Ce qu’avait laissé présager l’ambigu générique se produit une 20aine de minutes plus tard. Le comparé : cette fois, un ameublement Mies Van der Roes, un appartement blanc, aseptisé, labyrinthique, rectiligne en tout points comme la façon obsessive dont sont collés les morceaux de journaux par terre. Pat porte une cravate rouge, pointant sans doute le vif du sujet, son complet est ligné. Sa hache, dont l’éclat inoxydable nous rappelle le couteau du générique, tranche la tête de Paul Allen. Quelques coups de hache plus loin, une flaque de sang grandit par terre; un vrai petit test de Rorschach !

Patrick Bateman (Christian Bale) : le psychopathe
Le meurtre est-il la nourriture de Pat ? Tuer, c’est annuler le désir de l’autre, donc sa volonté. Dévorer, c’est s’accaparer. Pire encore, s’il y a art gastronomique, n’y aurait-il pas art meurtrier? Le délire paranoïaque de Pat entretient cette logique de psychopathe. La scène du générique est parallèle à celle du meurtre; elle est une allusion plus que directe au carnage tranchant anticipé. Elle le devançait même; ce n’était qu’une question de temps.

La blancheur est ici utilisée comme contraste, la souillure rouge apparaît d’autant plus impure. L’approche minimaliste du décor remet en question le rêve américain et son trouble obsessif compulsif. L’aseptisation chronique et généralisée n’est pas une solution. Bien que le comparé et le comparant soient séparés par 25 minutes de film, l’effet Koulechov conditionne le spectateur. La signification apparaissant graduellement, la participation du spectateur augmente. La réalisatrice indique où regarder, contrôlant ainsi la perception et l’interprétation des images. Le plus efficient est moins le contenu des images que leur organisation parallèle. Le développement de ce parallèle montre bien que le cinéma ne reproduit pas la réalité et que déjà, il l’interprète métaphoriquement.

Plus largement, cette métaphore est celle du capitalisme reaganien, où l’opulence de l’ultra libéralisme contraste avec les coupures récessives. Pat semble prôner des valeurs de droite, mais en actes, il est l’abjecte satire du matérialisme et du perfectionnisme. La société engendre t-elle toute cette violence où l’Homme la porte t-il en lui ? Pat n’est finalement qu’un vulgaire rouage. L’aliénation mentale, c’est la fabrication en série des envies et des comportements humains, c’est la rectitude politique.
Lire aussi : Figure de style au cinéma : Métonymie
|