Figure de style au cinéma : Métonymie (American psycho, Mary Harron)
Écrit par Administrateur du Site   
17-07-2008

Étudier et repérer les figures de style, c’est prendre conscience des procédés expressifs propres au film, c’est communier avec ce langage, c’est re-connaître et intégrer ce code vers une appréciation sans doute plus juste des intentions du film.

 

La mise en scène signifie en elle-même par la magnificence de ses manœuvres. La forme que prendra l’expression sera nécessairement l’écho d’un contenu qui tend à se rendre accessible. Considérations historiques psychanalytiques et idéologiques sont donc inévitablement au menu.

Description de la scène : Les cartes d’affaires. 1ère apparition des cartes : Pat et sa bande de P&P sont au bureau. Paul Allen donne sa carte à un collègue. Une musique fantomatique accompagne la carte tout le long de son trajet jusqu’aux mains du destinataire. Titillé, Pat en profite pour faire circuler sa nouvelle carte, question d’obtenir l’approbation des ses compagnons. Il la décrit minutieusement, précise les caractères, la couleur de fond, etc. Au tour de Van Betten et de Bryce de montrer la leur…la tension de Pat monte graduellement, rythmant l’exhibition des cartes; ses réactions y sont directement proportionnelles (expressions du visage crispé, sueur).

 

Patrick Bateman (Christian Bale) se morfond !

2ième scène de cartes : ils tous sont assis à un bistro. Après quelques considérations sadiques, Louis surgit et montre lui aussi sa nouvelle carte. Tous approuvent sauf Bateman, bien entendu. Louis se tourne tranquillement vers lui, la musique se fait de plus en plus inquiétante. Pat demeure silencieux, perdu dans ses pensées. Coup de théâtre, il part en furie, se dirigeant vers les toilettes. Pat tentera d’y assassiner Louis.

 

Le truc, c’est que les cartes sont investies; Pat effectue un glissement entre les cartes d’affaires et leurs propriétaires. Il va jusqu’à l’obsession absurde de la personnification. Remarquez le souci du détail. Au 1er coup d’œil, les cartes sont identiques. Pat s’attarde aux plus minimes détails. Ce souci, c’est celui de son trouble obsessif compulsif.

 

 

 

 

Les cartes sont à l’image de ces hommes qui, au 1er coup d’œil se ressemblent tous : même coupe de cheveux, même habit, même travail, même ambition. Si la scène des cartes se reproduit toujours au sein du même groupe d’amis, c’est probablement parce que cette apparence, cette visibilité sur papier, cette façon de se faire connaître est un code consenti. La carte symbolise l’institution amicale, ses castes et ses rouages hiérarchiques. Elle est une façon légiférée d’être et de se vendre. Une carte, c’est un nom, avec des coordonnées; la comparaison sémantique se fait donc facilement. Les réactions de Pat renvoient donc aux questions d’identité et de différentiation.

 

Patrick Bateman (Christian Bale) périclite !

Dès lors, on comprendra l’irascibilité de Pat. La compétition est forte dans sa quête d’unicité. La santé mentale de Pat est manifestement défaillante. Une carte plus jolie que la sienne représente nécessairement la preuve de sa soumission et de sa faiblesse. Il a cette habitude d’hyberboliser et de tout connoter d’une façon toujours plus démesurée. Les subtilités des cartes lui signifient son imperfection et son inaptitude sociale. Pat a un besoin impérieux de se démarquer, se surpasser. La haine qu’il a pour Paul est catalysée par la comparaison des cartes, mais sa réaction témoigne d’un affect beaucoup profond et inconscient. Il faut voir les réactions de Pat comme symptômes de substitution, d’indices manifestant une turbulence latente. Ses échecs persistants et continuels portent atteinte à son organisation psychique. Le rapport qu’il entretient avec le monde et la manière dont il l’appréhende est déterminé par cette santé chancelante.

 

Lire aussi : Figure au cinéma : Ellipse syntaxique http://www.lexisarte.com/critique-cinema/figure-de-style-au-cinema-ellipse-syntaxique-american-psycho-mary-ha.html

 

 

Une fois le tour de table terminé, on décide d’examiner plus attentivement celle de Paul. La réaction de Pat est immédiate et violente. Il se sent mal, prenant la carte dans ses mains, il défaillit, la tenant du bout des doigts, il la laisse tomber.

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Dernière mise à jour : ( 03-09-2008 )
 
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