Figure de style au cinéma : Répétition (Vertigo, Hitchcock)
Écrit par Prune   
17-07-2008

Étudier et repérer les figures de style, c’est prendre conscience des procédés expressifs propres au film, c’est communier avec ce langage, c’est re-connaître et intégrer ce code vers une appréciation sans doute plus juste des intentions du film.  

 

La mise en scène signifie en elle-même par la magnificence de ses manœuvres. La forme que prendra l’expression sera nécessairement l’écho d’un contenu qui tend à se rendre accessible. Considérations historiques psychanalytiques et idéologiques sont donc inévitablement au menu.

 

 

Description de la scène : La 1ère séquence est celle où Scottie se rend à la mission espagnole en compagnie de Judy déguisée en Madeleine. La voiture, verte, serpente dans la forêt de séquoias. Judy-Madeleine est inquiète, confinée dans son rôle, moulée dans son complet gris austère. Ayant trouvé la mission, entre ses baisers ambigus et son petit numéro, elle fuit. Scottie tente de la retenir vainement. Un plan en contre-plongée du clocher phallique nous laisse présager le pire. Il la poursuit dans l’escalier hélicoïdal. Il est pris de vertiges, sa vision se distorsionne. Incapable de suivre la suicidaire, un corps passe devant une fenêtre; Judy-Madeleine a sauté! Une femme désarticulée en tailleur gris gît sur le toit. 

 

Ce qui avait clôt la 1ere partie du film va maintenant clore le film et permettre à Scottie de lever le voile des illusions. La voiture, cette fois blanche, serpente dans la même forêt, menant au même endroit. Cette fois, Judy jouant Madeleine, en robe noire sexy, panique en silence. Peu à peu, elle se sent dévoilée, démasquée. Scottie force Judy à le suivre, à reprendre le trajet tragique. Toujours victime de problèmes visuels, il avance pourtant. Le lieu du crime lui est alors accessible, comme la vérité. Une none sort de la pénombre : Judy affolée se jette dans le vide. Scottie, sur le rebord, regarde plus bas, les cheveux au vent. Fin.

 

 

 

Primo, cette scène est déjà une répétition : il s’agit d’un hypertexte du film de  Buñuel, « El » (1952). Cet intertexte souligne le caractère répétitif de la figure de style. La figure qui nous intéresse ici est constituée d’une séquence reproduite à connotation thérapeutique. La compulsion de répétition est liée à des automatismes instinctifs qui vont au-delà du principe de plaisir. La structure répétitive est à même la psyché de Scottie.

 

La répétition est une poursuite vaine contre le temps qui anéantit tout. La possession fantomatique rend possible l’immortalité de l’âme. Cette logique de fatalité et de déterminisme rend inévitable la mort de Judy. La pulsion de mort s’exprime par le désir de retourner à l’inanimé en s’opposant au changement et au principe de réalité. Dans l’inconscient, les représentations sont toujours réinvesties selon les mêmes motifs; Scottie ne fait qu’alterner les actrices. Supposons : un événement de nature inconnue, mais certainement très ancien, est réactualisé par la mort du policier : le symptôme de Scottie est le vertige. L’amour et la mort de Judy-Madeleine rappellent aussi l’épisode. Ce que scénarise finalement Scottie, mettant en vedette Judy, dans le rôle de sa carrière, est en quelque sorte sa cure.

 

 

La perte de l’amour maternel est sans doute à l’origine du vertige. Partout, il pourra dire qu’il a perdu, mais pas ce qu’il a perdu. Le déjà-vu renvoie à des éléments que Scottie rejoue et re-connaît. On suppose donc une forte liaison de la libido à l’objet d’amour maternel. Suite à la perte d’une mère hypothétique, il n’y a pas eu de réinvestissement libidinal dans le monde extérieur; Scottie reste fidèle à la mère. Ses sentiments ambivalents pour Judy-Madeleine vont le pousser à incorporer l’objet. Une fois prête et transfigurée, il la contraint à rejouer la scène du clocher, comme une marionnette.

 

  

Scottie ne renonce à rien, il substitue. Judy aura été parfaite, jusqu’au dénouement. Cette hypothèse se base sur la notion d’après-coup. Lorsqu’une personne est traumatisée, l’effet n’est pas immédiat. La mort de Judy fait écho à un refoulé antérieur. Lorsqu’il y a répétition du 1er traumatisme, la barrière du refoulé se brise. L’affect envahit le sujet; la souffrance enfermée se déverse, le libérant de ses angoisses.

 

 

  

 

Lire aussi : Figure de style au cinéma : hyperbole dans « Vertigo » de Alfred Hitchcock  

http://www.lexisarte.com/critique-cinema/figure-de-style-au-cinema-hyperbole-vertigo-hitchcock.html

 

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Dernière mise à jour : ( 18-07-2008 )
 
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