Jeux de couleurs symboliques dans Vertigo (Hitchcock) 7
Écrit par Prune   
02-08-2008

Dans «Vertigo», le peu de dialogue laisse place au langage cinématographique, symbolique et corporel. Même les couleurs prennent la parole.  Le vert et le rouge entretiennent un dialogue houleux.

 

Le vert signifie l’attraction opalescente et nécrophile de Scottie pour une Madeleine en putréfaction. Scottie est hanté par le fantôme d’une femme qui n’a jamais réellement existé. Tout comme l’avait fait Elster, Scottie met en scène une femme à l’image d’une morte. Le vert est aussi un phare affectif qui permet à Scottie de reconnaître les traits de la fausse Madeleine en Judy.

 

Judy rongée par le remord baigne dans le vert d'un amour mortel

 

Après la disparition de la fausse Madeleine, Scottie reconnaîtra sa Jaguar verte. Dans ce plan, Hitchcock insère une pancarte de signalisation; une flèche avec l’inscription ONE WAY : le temps et l’amour de Scottie sont à sens unique. Ce message d’impossibilité apparaît dans le film au moment où Scottie croit reconnaître Madeleine-Judy. Aussi, lorsqu’il tombe par hasard sur Judy en face du fleuriste et toutes sa verdure, elle est complètement vêtue de vert. À ce moment, la caméra s’éternise une fois de plus sur les angles de son profil.   

Judy (KimNivak)

Scottie dira «Il y a quelque chose en vous.» À cet instant, il parle vrai, mais ne peut pas le savoir. Partout où le vert va s’immiscer dans le film, il connotera cette attirance mortifère et l’envoûtement morbide de Madeleine-Judy.  

 

Le rouge, lui, connote le vertige amoureux, la chute abrupte et criminelle, la crainte du sexe et le danger qui lui est lié. Il symbolise les émotions violentes relevant de la sexualité. L’escalier «métaphorise» justement cette excitation sexuelle. L’échelle montée au début du film le mène à une catastrophe. Même chose pour ce qui est de l’escalier du clocher.

 

 

Vécu ainsi, la sexualité est fatalement morbide et, inexprimée ou encore durement réprimée. Le rouge est aussi l’expression symbolique de l’incapacité de Scottie et de ses désirs refoulés.  

 

Le clocher de la mission Dolores, près de San Francisco

 

Son vertige n’est que le symptôme d’une angoisse plus profonde, signe d’une fêlure dans le passé. Hypothèse : la peur de Scottie de tomber dans le vide, peur manifestée par ses vertiges, est le retour du refoulé d’un fantasme infantile, celui de regagner l’autarcique enceinte maternelle.

 

 

L’obsession de Scottie naît d’ailleurs au Harry’s, restaurant tapissé de rouge à l’atmosphère intra-utérine, où se fige à jamais le portrait muet d’une Madeleine-Judy vêtue de vert.  

 

 

Le profil de camée de Madeleine-Judy apparaît comme un portrait de Francesca tridimensionnel, presque vivant. L’image de Madeleine-Judy se fixe et s’ancre dans l’imaginaire de Scottie. Souvenons-nous. Après que Scottie ait déshabillé Madeleine-Judy, elle enfile le peignoir rouge de Scottie sous lequel elle est nue.

 

  

Plus tard, Judy suppliera : «Gardez-moi, toute la vie», ce que Scottie s’empressera évidemment de faire. Judy est un objet immobile, une peinture à l’image du portrait de Carlotta.

 

 

Le bleu, couleur froide par excellence, est la couleur de la culpabilité : l’uniforme du policier, le ciel bleu le jour de la mort de Madeleine-Judy et le costume bleu anthracite que porte Scottie à son procès, témoignent de cette tendance.  

 

Scottie (James Stewart) 

 

Aussi, le verdict de l’instruction de Scottie dans le cas du suicide de Madeleine est sans pitié, ce qui renforce son sentiment de culpabilité. (Les causes de la culpabilité : la mort du policier, le suicide de Madeleine-Judy, l’amour illicite envers la mère.)  Si on additionne la violence du désir en rouge et la culpabilité en bleu, on obtiendra le violet, couleur du deuil et de la mélancolie.  

 

Cauchemar psychédélique de Scottie

Puisque Judy est un compromis entre le désir sexuel déviant de Scottie et sa culpabilité, entre le rouge et bleu, le violet est sa couleur. Lorsque Judy et Scottie sortent ensemble pour la première fois, elle enfile d’ailleurs une robe lilas.

 

Lire la suite : Rêve hyperbolique

Commentaires
Rechercher
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!

3.23 Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

Dernière mise à jour : ( 02-08-2008 )
 
< Précédent   Suivant >


Suivez-nous sur Twitter

 

 
Vidéos d’artistes membres
de lexis arte sur
Dailymotion,
You Tube,
My Space, etc.
 
 



Partager la vie culturelle
de lexisarte

Bookmark and Share