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La femme durassienne s’attribue les rôles qui le sont habituellement aux hommes. Elle est une femme d’action parce qu’elle est un sujet désirant. La thématique des films L’Amant (Jean-Jacques Annaud, 1991), de Hiroshima mon amour (Alain Renais, 1959) et de India Song (Marguerite Duras, 1975) s’articule autour de la rencontre amoureuse.
Dans L'Amant, lorsque la jeune fille de Saigon invite sa copine Hélène à danser, elle joue le garçon. Elle, dans Hiroshima mon amour, confesse ses adultères anonymes, «ça lui arrive parfois», parce qu’elle «aime les garçons» et qu’elle «est d’une moralité douteuse !» (Citations : Hiroshima mon amour) Lui, il est marié et heureux, Elle aussi.
Anne-Marie Stretter (India Song) danse avec son amant Michael Richardson. L’ex-vice-consul l’observe. Elle est entourée d’hommes, elle danse avec l’attaché allemand, avec son mari : seule pourtant dans un harem de mutisme. Elle désire l'être désirable : «J’avais faim d’infidélité, d’adultère et de mensonge et de mort.»

India Son, Duras
Lui, glorifie la beauté de celle qu’il aime : «Tu me donnes beaucoup l’envie d’aimer.» «Je ne savais pas que vous existiez, Calcutta est devenu pour moi une forme de l’espoir.» India Song est «un air qui donne envie d’aimer.» Le corps sans visage de l’amant japonais dans les premières minutes du film, ses maigres paroles répétitives, l’anonymat de l’amant chinois, tantôt dans l’ombre de sa voiture ou de la garçonnière, servent à magnifier la présence toute complète des héroïnes.

The lover, Jean-Jacques Anaud
Dans India Song, tout semble anonyme, les lieux, les personnages. La seule expression est le rare sourire de Anne-Marie. Dans L’Amant, le chinois «ne sait rien dire». Le Japonais dit rarement je parce que c’est son histoire à elle. Elle aime ou elle n'aime pas. Le pouvoir de le faire est le sien. Elle n’impose pas à l'amour mais est incapable de ne pas se laisser submerger par lui.
L’amour est un voyage exotique, un non-lieu de l’espace-temps qui s’inquiète peu de ses conséquences. Dans la mort de Anne-Marie, voire l’épilogue de India Song, on survole une carte et refait le trajet jusqu’au Mékong des origines, là où l’amour avait commencé. Elle n’arrive pas à revenir de ses souvenirs parce que le film est ce voyage et qu’il ne se termine qu’avec le rembobinage pour nous, et le silence pour le film.

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