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Le pouvoir de la narration chez Duras est extrême. De LA narratrice. Elle est une femme d’action parce qu’elle est un sujet désirant. La thématique des films L’Amant (Jean-Jacques Annaud, 1991), de Hiroshima mon amour (Alain Renais, 1959) et de India Song (Marguerite Duras, 1975) s’articule autour de la rencontre amoureuse.
Dans la scène initiatique de L’Amant, la narration alterne habilement le je en voix-off et l’utilisation de la troisième personne. La narratrice peut jouer tour à tour les rôles de l’actrice et de la spectatrice : « [...] elle touche la douceur du sexe, de la peau, elle caresse la couleur dorée, l’inconnue nouveauté. » Il s’agit d’une double position. Le je durassien est phallique, un pouvoir d’être. Changer de voix dissocie émotivement le personnage. Ce recul est nécessaire pour qu’elle prenne conscience d’elle-même, comme s’il fallait qu’elle se voit de l’extérieur pour s’investir ensuite.
Jane March et Tony Leung Ka Fai (L'Amant, Annaud)
Dans la cave de Nevers, dans Hiroshima mon amour, elle parle d’elle à la troisième personne, éloignant la folle d’elle. Cette distanciation annonce le regard «extérieur» du Chinois sur la jeune fille. Il tient un rôle primordial dans l’apparition du je d’un moi réconcilié. C’est un homme pour qui le chapeau avait été mis inconsciemment. Avec ce je, la narratrice peut passer du sujet à l’objet de désir : «Soudain, je me vois comme une autre, comme une autre serait vue, au-dehors, mise à la disposition de tous les regards, mise dans la circulation des villes, des routes, du désir.» (L’Amant)

Emmanuelle Riva (Hiroshima mon amour, Renais)
L’oscillation entre le je et le elle est symptomatique; une subjectivité cherche à s’énoncer. L’Amant marque en effet l’apparition d’un je personnel dans l’œuvre de Marguerite Duras. Dans India Song, Anne-Marie n’est pas encore la narratrice. La mendiante venue d’Asie hurle sa souffrance pour elle : cette femme qui lui chante son passé est son alter ego. C’est un je qui n’est pas pour autant auto-biographique mais qui raconte l’histoire de sa personnalité comme tenterait de le faire une analyse. Dans les trois films, il y aurait donc trois instances : l’auteure, la narratrice et le personnage principal.
Marguerite Duras
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