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La thématique des films L’Amant (Jean-Jacques Annaud, 1991), de Hiroshima mon amour (Alain Resnais, 1959) et de India Song (Marguerite Duras, 1975) s’articule autour de la rencontre amoureuse.
Dans Hiroshima mon amour, «Tu as peur.» affirme le Japonais. Ce n’est pas le rapprochement des corps qui l’effraie mais celui intime des âmes. Le corps publique qui se voue à plusieurs mains contre cette peur : «[…] aller dans le noir avec des hommes qu’on ne connaît pas, sans voir leur visage.» Les liens faits entre le fantasme de prostitution et le corps publique montrent que l’épandage de la libido de la jeune fille récolte étrangement la possession de soi. Son corps se mêle au vacarme de la ville chinoise, à ses odeurs.  Jane March et Tony Leung Ka Fai (L'Amant, Annaud) C’est au niveau de l’esprit qu’elle est le plus vulnérable et elle ne le sait que trop bien. Elle dans Hiroshima aura beau déployer son arsenal d’esprit subtil comme mécanisme de défense, elle ne pourra masquer son attachement à son amant de passage : «Tu es comme mille femmes ensemble - C’est parce que tu ne me connais pas.» Elle ne peut accepter les compliments par peur, peur de l’absence d’amour prévu par son départ. Quitter l’Autre, c’est quitter une partie de soi qu’elle a investi en l’Autre. Ouch !
Eiji Okada et Emmnauelle Riva (Hiroshima mon amour, Resnais) Dans cette perspective l’amour est a-romantique, une passion «vécue dans l’épouvante» (L’Amant). L’architecte japonais ne construit rien. Les ruptures sont franches, autant que les coupes du film de Resnais. Même si, bien des décennies plus tard, l’amant chinois téléphone à Paris à celle qui avait été la jeune fille blanche de Saigon en lui jurant son amour fidèle, il ne s’adresse plus qu’à un souvenir vaporeux, un fantôme. L’amour ne résiste pas au temps et à l’éloignement. Ce qui sauvegarde leur aventure, c’est l’écriture : L’Amant, le tournage de India Song, le scénario de Hiroshima mon amour. Partout il y a compulsion de l’aveu et exhibitionnisme : le corps de la fille de Saigon, le sein de Anne-Marie, les corps de Hiroshima, les horreurs de la guerre, etc. Amour perdu est amour oublié : «Je me souviens, je vois ta mort qui continue.» L’amour est impossible, la vie est si longue est les rencontres si nombreuses : Nevers, c’est jamais. Elle donnera même tout son passé à l’oubli. La jeune fille de Saigon sait aussi comment elle oubliera, du nom jusqu’au visage de son premier amour : «Comme partout ? – Oui, c’est comme toujours.» (L’Amant)
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