Mississippi Burnig (Alan Parker) Analyse systémique 3
Écrit par Prune   
13-07-2008

Dans le film Mississippi Burnig, la façon dont sont traités les médias témoigne de tensions sociales sous-jacentes, donc d’idéologies opposées. Partout où il y a antagonisme, il y a implicitement débat idéologique. À travers ces fameux médias (pour ne pas dire fumeux) se manifestent les chevaux de bataille de systèmes idéologiques dominants du Nord et du Sud.

 

Première observation : les reporters, avides de sensationnalisme, viennent du Nord. Trimballant leur technologie, ils traînent aussi leur lot d’idées, de visions du monde et de focales, littéralement. Face à la caméra, les gens du Sud interviewés, dans un semblant de cinéma direct, déballent un concentré de stéréotypes immenses. Les médias projettent volontairement un portrait peu reluisant des sudistes. Ils canalisent la [dés]information dans un conduit mince et réducteur. La magie du montage obéit à un principe simple : augmenter le contraste, la division entre le mode de vie rustre du Sud et l’élitisme de leurs voisins du Nord. Ils vont même jusqu’à miser sur l’animosité des sudistes. Les gens du Sud réagissent de façon agressive à la présence des médias : ils en ont directement contre la représentation, voire l’introspection. Ce n’est sans doute pas par hasard s’il n’y a pas l’ombre d’un journaliste sudiste. 

  

 

Si les médias créent les événements, s’ils les rendent existants et réels dans la tête des gens par la représentation, sans médias, il n’y pas de conscience, donc pas de disparition, meurtre non plus ni de culpabilité sociale. Une idéologie haineuse et totalitaire ne valorise pas la réflexion et la remise en question individuelle parce que c’est par ces voies qu’elle se met elle-même en échec. Les sudistes confondent trop facilement intellectualisme et idéologie du Nord. Les gens du coin perçoivent leur Mississippi comme un jardin d’Eden menacé par les perversions des villes du Nord.

 

 

Les médias jouent sur des comportements humains tranchés : les bons d’un côté, les mauvais de l’autre. Ils façonnent une opinion publique sans nuances; vive la rectitude ! À ce stade, on ne peut plus parler d’information objective. S’il n’y pas d’objectivité, c’est qu’il y a des intérêts, et s’il y a des intérêts, c’est qu’il y a des idéologies; c’est presque tautologique. Ces dernières utilisent la télévision comme Parker utilise le cinéma; elles veulent se répandre, se véhiculer dans le salon et la tête de la population. Le réalisateur joue le jeu du film d’action un peu facile, d’accord, mais étrangement Parker dénonce sans cesse sa mise en récit et sa propre présence ostentatoire. La mimésis est minée d’éléments détonateurs qui dénoncent ses procédés cinématographiques et son potentiel propagandiste : voir lorsque le maire s’adresse directement à la caméra demandant : «Ça filme ?».

 

Il est clair que toute «réalité» médiatique est une construction au service de l’idéologie. Notons que c’est un cinéma qu’on utilise pour loger les policiers, devenant littéralement le théâtre de l’action ! Même que Ward est «habillé comme un flic au cinéma». Parker éveille le doute. Aussi, le panneau, «The Magnolia state», défraîchi et kitch suscite un regard critique chez le spectateur; ce que représente le panneau tranche radicalement avec ce que montre le film et les médias à propos des sudistes. Les nombreuses mises en abyme dénoncent le leurre cinématographique. Les personnages vont même aller jusqu’à tenir des rôles dans leur rôle: voir la mise en scène finale d’Anderson (une certaine analogie peut se faire entre Parker  et Anderson; tous deux utilisent la violence pour se faire entendre, jouent avec la perception de l’Autre, coordonnent les opérations…) Tout comme Lester, le spectateur se fait avoir.

 

 

Suite à ces nouvelles considérations, c’est toute la valeur historique de l’événement qui est remise en question. Le «re-produit» du réalisateur met en image ce qui n’est pas et n’a jamais vraiment été que virtuel. Le travail de Parker est essentiellement hyperbolique. L’exactitude historique et la référence encyclopédique ne servent pas son projet mais leurs illusions l’y aident. Parker est un caricaturiste conscient de ses armes subversives. Le film raconte l’histoire d'un point de vue strictement Blanc; une vraie histoire, certes, mais jouée par de faux héros. Si dans l’approche systémique on aborde l’aspect du contenu (quoi) différemment de celui de la  relation (comment), on comprendra que le problème est ici d’ordre relationnel. Une lecture partisane est nécessairement une lecture teintée d’idéologies et subjective.

 

 

Le rôle réservé aux Noirs est celui de la victime larmoyante. (Voir la comparaison entre les Noirs et les vaches : «Les vaches ne se sauvent jamais [du feu], elles restent là à attendre comme des connes.») La caméra exploite l’action d’un point de vue Blanc (focalisation interne). Lorsqu’il s’agit de montrer la révolte des Noirs, la caméra adopte un point de vue externe. Le barrage policier qui empêche Ward et Anderson d’accéder au lieu de la révolte barre aussi la route à la caméra. La manifestation pacifique des Noirs est également montrée d’un point de vue extérieur; les forces policières l’encadrent, brandissant leurs matraques.

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Dernière mise à jour : ( 18-07-2008 )
 
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