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Le film Mississippi Burnig, le démontre que trop bien : un système hermétique comme celui du KKK ne se laisse infiltrer que par les faiblesses qui le caractérisent.
Les membres du KKK clament l’importance de la fraternité xénophobe et des valeurs telles que la confiance aveugle, le dévouement total du corps et de l’âme, l’action mobilisante, etc. Leur fougue est un état frénétique proche de la folie, ce qui rend leur système susceptible de craquer à tout moment.
Dans les faits, ils sont beaucoup plus près de ceux qu’ils haïssent. On peut reconnaître dans cette fascination haineuse pour l’Autre un petit quelque chose de l’identification et de la projection. L’individu intronise dans l’Autre ses propres comportements déviants, il transfère ainsi cet Autre maudit les objets qu’il déteste en lui-même. Mississippi Burning nous en fournit un exemple frappant au moment où, dans un montage parallèle, des commentaires (voix-off et courts inserts) faits par des sudistes à l’endroit des noirs font allusion à leur éventuelle malpropreté des Noirs, une certaine animalité, etc. Simultanément, la caméra montre des sudistes Blancs mimant les comportements proscrits par les commentaires !

Effet radical : «Le cordonnier est toujours le plus mal chaussé.» Anderson cherche à comprendre le comportement local, mais il ne porte pas de jugement de valeur : il raconte l’ethnophobie de son propre père qu’il ne le condamne pas. « Il n’avait pas compris que la pauvreté, c’est ça qui tuait. »

Toute l’énergie dépensée par le Klan pour fustiger la communauté Noire est le signe d’un attachement étrange et profond; les dominants ne peuvent se passer du dominé. Sans les Noirs, la raison d’être du KKK s’écroule. La groupe marginalisé est le bouc émissaire autour duquel se réunissent les membres du Klan (Voir à ce sujet la théorie du désir mimétique de René Girard dans Des choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Grasset, 1978, 636 p.) ; les motivations communes du Klan permettent de souder des liens interpersonnels. Anderson s’attaque justement à ces liens interpersonnels comme aux bases d’une structure gangrenée. En détruisant le contrat de confiance entre Lester et ses acolytes, il l’amène à les dénoncer, à les trahir. À ce moment, tout déboule très vite… arrestations, condamnations et victoire d’une idéologique ambiguë : les «gentils» l’emportent grâce aux armes des «méchants».
Contre toute attente, les frontières définissant le Bien et le Mal sont beaucoup plus poreuses qu’on pourrait le croire. Parker aura ainsi gagné son pari contre la tradition simpliste et manichéenne d’Hollywood. xxxxx Le film se conclut sur l’image d’une pierre tombale en ruines où il est gravé un double discours : «Not forgotten». Le vandalisme subi par le monument nous interroge; le « not » est partiellement effacé : serait-ce que le souvenir est volatile ?

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