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Les personnages de policiers du film Mississippi Burnig de Alan Parker témoignent d’une dichotomie idéologique. Anderson (Gene Hackman) est un héros individualiste : son moi constitue une réalité existante et autonome (solipsisme), en dehors de tout discours politisé. Son bagage idéologique est non-défini.

L’agent du FBI Rupert Anderson (Gene Hackman)
Anderson, c’est l’opposée de Ward. Caméléonesque, il n’impose pas de méthode préfabriquée, mais calque ses moyens sur le milieu qu’il investit; il s’adapte. Pragmatique, l’action concrète seule lui permet d’agir sur le réel; la pratique l’emporte sur la théorie. Lorsqu’il «affronte» les gens du village, Anderson interagit symétriquement, mais évidemment pas de la même façon que le Ward. Le projet conscient d’Anderson est de déclencher une rétroaction positive dans le but de dissoudre l’homéostasie du système local. La règle d’or entretenant la rigidité de cette homéostasie est de se taire pour sauver sa peau.
Contrairement aux interactions symétriques engagées par Ward, Anderson cible son action sur le bon groupe social. Son ouverture d’esprit et la polyvalence de ses aptitudes lui permettent de viser juste, et non de tirer aveuglément dans toutes les directions : il pénètre le système et ses rouages pour mieux le comprendre et le dissoudre. Matérialiste, il n’a foi qu’en l’immédiat. Il conceptualise la société selon une pure optique darwiniste; il observe chez les différents systèmes des rapports de force et des hiérarchies où ne survivent que les plus forts : civilisation/sauvagerie, Noirs/Blancs, méthode officielle/méthode officieuse.

Lorsque les policiers trébuchants, guidés comme des apprentis par l’indien, traversent la rivière pour y trouver la voiture des disparus, une lourde charge métonymique s’impose : pour régler l’affaire, il faut abandonner le costume sec et les souliers vernis pour enfiler l’accoutrement local; il faut accepter de s’immerger littéralement dans le système. (Allusion : pour instaurer leur civilisation, les américains ont exterminé sauvagement les indiens, perçus alors comme des sauvages !)
La méthode d’Anderson est à l’image des comportements locaux; non-orthodoxe et expéditive. Il n’hésite pas à faire usage de violence physique et verbale; il s’agit de vaincre le mal par le mal, utilisant sans vergogne la menace et l’intimidation. Ses interrogatoires se font alors corsées, souvent même non-officielles. La fin justifie les moyens. Anderson comprend ce qui est empiriquement. À l’inverse de Ward, il parle peu mais observe beaucoup. Lorsqu’il examine la photo de mariage des Pell, il remarque la position des mains (trois doigts apparents). Les hypothèses qu’il tire alors se valideront; il a reconnu là un signe du Klan et ne s’était pas trompé.

Leader naturel, il se présente chez le barbier, au bar clandestin ou chez le coiffeur de façon informelle : les gens du comté finissent par répondre à des questions qu’il n’a pas posées officiellement. Il a ainsi accès à une banque d’informations extirpées habilement de l’intérieur. Doté d’un esprit d’entreprise et d’un leadership prenant, il prend rapidement la place de Ward aux commandes. Il travaille efficacement à l’enquête et non à l’épandage de ses opinions politiques.
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