Objet d'amour impossible : Vertigo (film de Alfred Hitchcock) 5
Écrit par Prune   
01-08-2008

Dans « Vertigo », la magie de la substitution rend l’amour est possible. Hitchcock est habile, parfois presque morbide... L'analyse des éléments du film témoignent de génie du réalisateur.

 

En modelant son corps selon les caprices et les directives intransigeantes de Scottie, Judy rend possible la réactivation du passé. Le sexe des femmes n’est presque pas signifiant de féminité : la signifiance femme passe par l’extérieur pour traduire un sexe intérieur. Le costume de Madeleine porté par Judy la déguise, tels que Scottie et son univers phallocrate la conçoivent.

Madeleine (Kim Novak), James Stewart et Judy

 

Paradoxalement, en renfilant le costume, Judy se met à nu. Scottie pénètre et contrôle alors l’âme et le corps de Judy. Lorsque enfin, ils s’embrassent de nouveau, la caméra, qui effectue un habile 360°, tourbillonne dans le temps et le souvenir.

 Scottie croit que le temps peut être remonté ...

 

Judy est par définition insatisfaisante parce qu’elle n’est pas Madeleine, mais seulement un fac-similé, un «remake». Judy peut facilement se substituer à Madeleine-Judy parce qu’elle est dans le champ de l’identification, de l’être-comme, et non dans celui de l’identité, l’être-soi. Son image est dépendante du regard de l’autre, de Scottie. Son image est un reflet. Judy ne sera jamais que l’ombre de Madeleine-Judy. Elle est objet de ce regard, mais jamais sujet regardant. Elle n’est que la pâle répétition d’une répétition. 

 

Judy dans le costume de Madeleine

Lorsque Scottie démasque Judy, il utilise les termes doublure et contrefaçon : Judy est littéralement une actrice. Madeleine-Judy n’étant pas la somme des parties de Judy, la parfaite transfiguration est impossible. L’essence de Judy, pour paraphraser Sartre, précède son existence. «Tu ne me vois donc qu’à travers elle ?» dira Judy. Scottie répond oui justement parce que le destin de Judy n’est pas existentialisme mais surdéterminé par son désir d’homme contrôlant.

 

 

En se prêtant aussi passivement à toutes ces séances d’habillage et de substitution, Judy se contraint elle-même dans une figure de Divine contemplée; celle d’une femme immobile et objet de désir. Elle est une marionnette manipulée par tout ce qu’il peut y avoir de masculin et de misogyne dans le film, de Elster à Scottie, en passant par Hitchcock.  

 

Lire la suite : Séduction nécrophile chez Hitchcock

http://www.lexisarte.com/critique-cinema/vertigo-ou-la-poursuite-amoureuse-alfred-hitchcock-6.html 

 

 

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Dernière mise à jour : ( 02-08-2008 )
 
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