
Incapable d’affronter la réalité, Laura ne voit ni ne se souvient : l’hallucination ne se souvient que de façon indirecte. Sans prise de conscience, prise de mémoire, pas de guérison possible. Le sujet répète, revit un événement désagréable de son passé : le père continue de la violer. Ce qui est remémoré dans la répétition est ce qui est resté fantasmatiquement attaché à une pulsion dans le passé.
Le processus qui engendre la répétition a besoin de la persistance de l’oubli afin

que le passé soit de nouveau vécu. (Dormir = oublier et laisser place aux fantasmes : «Je t’aime beaucoup. Dors bien princesse.» … le père va rejoindre sa fille au lit.) Le «passé éternel» créé par la divinisation du père a la capacité de se répéter, de se reproduire et de s’actualiser. Il investit le présent personnel de Laura non pas comme un parasite mais comme une fatalité.
Ce qui s’offre à la répétition est un passé indemne, restant identique au passé comme au présent, stagnant, symbole des situations mortifères qui n’évoluent pas. C’est l’éternel retour. Dans l’inconscient, les représentations sont toujours réinvesties selon les mêmes voix. Le retour du même est relié aux affects que Laura tente de fuir, affects qui la poursuivent inlassablement. Une partie de Laura est guidée par la pulsion de mort; sa surconsommation de drogue est l’expression de son désir de retourner à l’inanimé.

La forclusion du Nom du père (signifiant de la fonction paternelle) est l’impossibilité pour Laura, au niveau symbolique, de penser et organiser sa filiation. Laura se perçoit comme supprimée, inexistante. Sa dissolution sexuelle est une vaine tentative de reconnaissance, une quête d’identité. Laura cherche sa place dans la famille. Le conflit psychotique inclut le conflit identificatoire. Mais «L’investissement de la réalité est-il de nature sexuelle ? »