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Le film « Vertigo » de Alfred Hitchcock est un simulacre : sous un semblant de film policier, il cache ses tribulations psychologiques et amoureuses. Les outils de la psychanalyse permettent de mettre en lumières les jeux de cache-cache auxquels les personnages se livrent.
Même si «Vertigo» se rapproche du mélodrame familial sophistiqué, il sera hasardeux de lui accoler une seule étiquette. Les deux parties qui le segmentent si ingénieusement sont marquées par la constance d’une femme - Judy Barton - et par les différents rôles qu’elle endosse. Partout des lignes fuyantes et tourbillonnantes (chignon, route, forêt, tranche de séquoia, cauchemar, filature automobile, etc.) rappellent l’interstice séparant la raison de la folie. Elles traduisent la turbulence borderline du jeu de substitution auquel se livrent Scottie et Judy.
La logique - ou l’illogisme - de «Vertigo» tourne autour du rêve et de la chute vertigineuse dans le fantasme de l’irréalité. Si Scottie et Madeleine-Judy visitent le Portail du Passé, c’est parce que «Vertigo» est la tentative de Scottie à emprunter littéralement le portail du passé. Scottie s’acharne à conjurer le temps et la mort : il rejoue (répétition) l’histoire morbide d’Orphée et d’Eurydice. Pareil à Pygmalion, il transfigure Judy en Madeleine-Judy : son attachement démesuré à l’amour perdu (fixation) donne vie à son fantasme. Judy est une statue à l’image de Madeleine-Judy.

Jeux de miroir qui témoignant de la duplicité des personnages
Ce que scénarise Scottie, mettant en vedette Judy dans le rôle de sa carrière, celui de Madeleine, est un jeu inhibiteur d’angoisse. «Monsieur semble fixé sur ce qu’il désire.» dira la vendeuse de la boutique de vêtements. D’un point de vue psychanalytique, la fixation (stagnation à un stade du développement) convient parfaitement au trouble de Scottie.
Hypothèse : la transfiguration de Judy est le résultat d’une fixation à la mère comme premier et unique objet d’amour. Cet investissement primitif de la libido rend impossible le transfert de l’affection amoureuse sur tout autre objet. Scottie est très peu préoccupé par toutes les attentions, sinon l’affection déguisée, de son amie Betty. L’amour n’est pas possible parce qu’elle est trop ouvertement bienveillante : proche de l’image et du souvenir de la mère, l’aimer serait trop angoissant et culpabilisant pour Scottie.
Marjorie 'Midge' Wood (Barbara Bel Geddes) cherche à endosser le rôle de Carlotta
La liaison de la libido à l’objet d’amour maternel est si forte qu’il n’y a pas de réinvestissement libidinal dans le monde extérieur. Scottie est resté fidèle à la mère : il vit en célibataire dans un petit appartement de vieux garçon aux ferronneries et à la porte rouges. Conséquence : afin de vivre des relations conjugales en apparence normales, Scottie déplace sa libido sur des objets investis inconsciemment par la présence de la mère. Scottie ne renonce à rien, il substitue : « […] nous ne savons renoncer à rien, nous ne savons qu’échanger une chose contre une autre; là où il semble y avoir renoncement, il n’y a que formation substitutive. » (Freud, Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard, Paris, 1971, p.51.)
Scottie (en vert) reçoit une dame (en rouge) à son appartement !
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