Vertigo de Hitchcock (Sueurs froides) : Rêve et son interprétation 9
Écrit par Prune   
03-08-2008

La scène cauchemardesque du rêve de Scottie est unique. Déjà, la technique et l’innovation des plans de vue laissaient présager le génie du contenu…

 




Excessif, le rêve hyperbolique de Scottie exagère volontairement l'expression symbolique. Il délimite non sans hasard la première et la seconde partie du film. Ici, le spectateur pénètre de plein fouet les méandres inconscients de Scottie.

L’expressionnisme de la scène passe par le jeu maniéré et exagéré de James Stewart, la lumière et les angles de caméra schizophréniques qui en soulignent le caractère mortifère. La spirale est «métaphorise» le tourbillon intérieur du rêveur.

 

 

L’angoisse de tomber dans une tombe et d’y être enterré vivant est le retour du refoulé du fantasme de Scottie; celui de retourner au stade I de l’expérience périnatale, libre de toute angoisse, au creux du ventre chaud et bienfaiteur de sa mère. La pulsation rouge est synonyme d’excitation sexuelle. Jointe aux images du rêve, il s’agit davantage d’une excitation complètement morbide. Le tunnel représenté avec la tête de Scottie pourrait exprimer le cauchemar de la naissance, là où le petit Scottie est expulsé douloureusement de son eden. Les contractions utérines (voir images syncopées et rythme violent du rêve) et la compression du fœtus caractérisent le stade II de l’expérience périnatale.

 

Dans le rêve, les couleurs se livrent une guerre sans merci, à l’image des tensions psychologiques qui habitent Scottie. Ce qui semble une somme éparse de couleurs aléatoires est en fait la palette hyperbolique des sentiments qui hantent Scottie. Le vert traduit l’illusoire Madeleine-Judy et l’apaisement éphémère prodigué par cette femme créée pour disparaître aussitôt. Le vert affronte le rouge, ou peut-être est-ce le contraire. Dichotomiques, le rouge et le vert habitent pourtant Madeleine-Judy. Ils rendent compte du magnétisme où s’opposent l’attirance et l’aversion de Scottie pour une Judy à deux visages. Deux systèmes divergent et convergent l'un de l'autre. Le bleu qui chevauche le rouge est la culpabilité côtoyant le désir.

 

Scottie Ferguson (James Stewart) en plein cauchemar sur fond de musique inquiétante

La Carlotta dans les bras d’Elster renvoie à la transmutation des mortes, à la fusion de la vie et de la mort dans la fantasmatique délirante de Scottie. Ses yeux scintillants sont l’animalité sexuelle de Judy à travers le fantôme qui hantait la femme qu’elle incarnait. Projection de l’Anima, ils symbolisent l’outrageux désir féminin. En rêve seulement, Scottie conçoit Madeleine-Judy comme une amante désirante. Bien que Scottie l’ignore encore, c’est ce que Judy est en réalité. Le collier est tantôt le symbole d’une répression sexuelle, tantôt un condensé de jouissance.

 

Le collier de Carlotta Valdez porté par Judy (Kim Novak)

Mais pourquoi Scottie craindrait-il le désir féminin et les instincts suaves de Judy ? Primo, une version proche de l’homme primitif résiderait dans notre inconscient. Secundo, si Scottie reconnaît cette tendance chez Judy, il conclura rapidement l’impossibilité pour lui d’échapper à son propre monstre personnel, ce qui est affreusement inquiétant. Conséquence : Scottie développe un besoin de contrôle excessif (fixation anale). Le comportement hystérique et violent de Scottie lorsqu’il apprend la tromperie de Judy - avec Elster - est l’expression de sa jalousie et de sa possessivité. Le pont phallique de San Franciso s’oppose à la silhouette chétive de Madeleine-Judy en clair-obscur. Lorsque Scottie saute à l’eau, il plonge dans l’infinité du désir. Plus tard, dans «Vertigo», le torrent de la mer et l’entrechoquement des vagues feront écho à leur baiser.

Golden Gate Bridge

Cypress Point

La jalousie de Scottie - de l’homme - n’est pas alimentée par la peur de d’abandon. Le principe de répétition ramène l’image d’un père perçu comme rival dans le couple. Les peurs de Scottie sont cocuage et infidélité avec l’autre. Si Judy est coupable de sexe libre, elle l’est automatiquement au yeux de Scottie de sournoiserie, d’hypocrisie, de luxure, … Lorsque Scottie rencontre Judy non déguisée pour la première fois, son dévergondage est explicite et elle ne porte pas de soutien-gorge.

 

 

Judy est à l’opposé de la très littéralement chaste Madeleine. «Quelles forces vous entraînent, quelles forces intérieures vous ont poussée?» dira Scottie. Dans l’ombre de la forêt de séquoias, Madeleine-Judy fait allusion à des forces obscures, à la nuit et aux ténèbres, forces qui ne sont nulles autres que celle de l’inconscient et du désir. Ce sont ces mêmes forces que Scottie refoule sans cesse.

 

 

 

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Dernière mise à jour : ( 21-08-2008 )
 
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