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Un amour impossible édifié sur un mensonge. Une morte, un amoureux nécrophile … tout est en place pour le drame mis en scène par Alfred Hirchcock dans «Vertigo» …
Finalement, lorsque le couple Scottie-Judy semble enfin stable et heureux, leur amour fragile va se fracasser littéralement sur les tuiles de la mission espagnole : Judy va se suicider et Madeleine-Judy va disparaître une fois de plus. Les rapports de Scottie et Judy, puisque totalement fantasques, ne peuvent pas avoir d’ancrage ni d’incidences dans le réel et le temps. Forcément, la poursuite de Scottie est vaine : Scottie poursuit une femme qui n’existe pas à long terme, tandis que Judy fuit un homme dont elle est amoureuse, qu’elle a trompé et qu’elle trompe encore.
Leur jeu de substitution est l’illustration parfaite de la maxime «Fuis-moi je te suis, suis-moi, je te fuis !» La visée inconsciente de Scottie est explicitée (contenu manifeste) par le thème de la poursuite (poursuite sur les toits, poursuite automobile, …). Souvenons-nous : au départ, Madeleine-Judy et Scottie errent sans but apparent dans la ville. Ils sèment indolemment le doute sur leur double vie, tentant de se convaincre réciproquement du hasard de leur rencontre tout en dénonçant l’imposture évidente : «Pour aller au hasard, il faut être seul. Dès qu’on est deux, on va toujours quelque part.» dira Madeleine. 
Fausse Madeleine en déambulation .... Hasard et cinéma ne font pas bon ménage. «Vertigo», cinéma de symboles, laisse peu de place au hasard. Dans un subtil jeu de mise en abîme, Hitchcock dénonce la prégnance de sa mise en scène à travers celle d’Elster et de Scottie. Plan subjectif : Scottie suit la voiture de la fausse Madeleine 
La poursuite est une forme de cour érotique. Le film est intimement lié à la séduction, dans sa forme et son contenu. Madeleine-Judy sait alors pertinemment qu’elle est suivie. S’en suit un jeu pervers où se tractent l’exhibitionnisme et le voyeurisme. Aussi, Hitchcock montre clairement que Scottie a deshabillée Madeleine-Judy après l’avoir repêchée dans la baie; pour preuve, ses vêtements sont soigneusement étendus dans la cuisine. Scottie met ainsi en scène le fantasme infantile de voir sa mère nue. «Vous deviez être affreusement gênée ?» dit Madeleine-Judy, ce à quoi Scottie répond : «Non, j’étais enchanté !». Madeleine-Judy ira jusqu’à répondre : «Moi aussi.» Ce sentiment n’est possible pour Judy que dans la mesure où était faussement inconsciente. Oh ! Réel sauvetage du faux suicide mis en scène par la fausse Madeleine Cette impossibilité de l’amour qui plane en latence dans le couple est manifestée par l’amour antithétique de Scottie pour Judy. La blonde froideur de Madeleine-Judy et la rousseur arrogante de Judy jouent avec brio cet amour ambigu. Judy inspirera toujours à Scottie des sentiments antagonistes; l’attirance et la répulsion. Le vertige amoureux se traduit aussi et surtout par le magnétisme. Dans «Vertigo» s’opposent l'attraction et l’aversion de Scottie pour une femme doublée. Judy est l’incarnation du dualisme. Le film multiplie justement les jeux de contrastes. 
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