1943 - Un été sicilien, enfances en guerre
Écrit par Liza Lo Bartolo Bardin   
02-09-2008

Roman de Liza Lo Bartolo Bardin










Roman historique

C'est avec respect et émotion que l'auteur s'est appliquée au fil des années à recueillir auprès des membres de sa famille encore vivants, anecdotes et souvenirs, parfois attendrissants, parfois difficiles et même terribles lorsque les secrets de famille sont entachés d'opprobre et de mystère.

Avoir 5 ans pendant la seconde guerre mondiale, en Sicile, pour une petite fille sans maman, ce n'est déjà pas facile.

L'histoire se corse lorsque le père, juste avant le débarquement des alliés sur les côtes siciliennes, décide de "vendre" la petite Lucia à un jeune couple sur la foire aux bestiaux de Catane.

Lucia, n'est pas seule. Sa petite tribu (1 frère et 6 soeurs) espère son retour, tout en subissant les aléas d'une guerre qui s'accentue à partir du 10 juillet lorsque les nouveaux envahisseurs (américains, anglais, canadiens) chassent les premiers (allemands) vers le nord. Et il y a Chiara aussi, la "mamina", fillette de 12 ans qui a pris la place de la mère et dont le rêve est de... mais chut ! Secret ! Secret de famille !

Alors "Un été sicilien" ou enfances en guerre, c'est la vision et le ressenti d'une dizaine de petites graines siciliennes, enfants malmenés par la vie, mais jamais pathétiques, jamais désespérés, toujours prêts à découvrir le meilleur derrière l'ignoble, à découvrir le bonheur derrière les horreurs de la guerre. Faites attention aux rêves des petites filles siciliennes, un jour ils se réalisent ! Et leurs vengeances aussi ! ... N'est-ce pas Chiara ?

© Liza Lo Bartolo Bardin - Tous droits réservés

En savoir plus sur l'auteur :
http://lizalobartolo.canalblog.com/
 

CouvETEsicilien



Extrait :

Si avissi pignateddu, agghiu e sali,

facissi pani cuttu, si avissi pani !

Si j'avais une marmite, de l'ail et du sel,

Je ferais du pain cuit, si j'avais du pain
 

Le 3 novembre 1942, les Allemands subissent leur première défaite terrestre face aux Britanniques à El-Alamein en Libye. Cinq jours plus tard, les Américains débarquent en Afrique du Nord. En mai 1943, ils atteignent Tunis et les forces de l'Axe sont chassées d'Afrique.

Le 13 mai 1943, la campagne de Tunisie est terminée : les alliés sont maîtres de l'Afrique du Nord et peuvent donc entreprendre de nouvelles opérations : l'objectif que les alliés ont à présent dans le collimateur est la Sicile.

Le 28 mai 1943 en Sicile, un chasseur P-40 et un B-26 Marauder américain frappent quatre aérodromes et subissent un feu nourri des défenses anti-aériennes.

Aux premières lueurs de l'aube, le chant des oiseaux réveille la jeune Chiara comme tous les matins. La chambre de ses petits frères et soeurs, la seule pièce de l'étage, ancienne grange de l'antique bâtisse en pierres et en bois, donne sur la campagne. La maison de Don Vittorio, est la dernière du village. De la terrasse, la vue offre le spectacle désolant de terres agraires abandonnées. Quelques vergers verdissent encore le paysage sec, mais l'activité agricole est en suspens depuis le début de la guerre. Les services de l'armée italienne ont enrôlé tout ce qu'ils ont pu trouver d'hommes valides. Ne restent plus que les enfants, les vieillards et quelques privilégiés aux obscures raisons politiques ou personnelles, comme Don Vittorio. Les mines de soufre de la province voisine sont désormais fermées. Les récoltes des grandes fermes sont réquisitionnées par le gouvernement. Les femmes font ce qu'elles peuvent pour subvenir aux besoins de leurs familles. Un petit potager, entretenu avec peine, non loin de leur maison de village, leur donne de quoi les nourrir elles et leur famille, jusqu'à l'orée de l'hiver pour les produits frais, et au-delà pour les légumes secs comme les haricots, les fèves ou les pois. Les pommes de terre aussi sont appréciées. Quelques volailles et lapins permettent aux plus chanceuses de ces familles de pratiquer le troc avec les citadins de passage. Les rapines des grands frères agrémentent de temps à autre l'ordinaire. La solidarité et la débrouille font le reste. Chanceux sont ceux qui connaissent un pêcheur dans la parenté. Les poissons remplacent avantageusement la viande devenue un luxe sur toute l'île.

Les bombardements sont plutôt rares et ne touchent pas encore les populations des campagnes. La vie se poursuit tant bien que mal. Cependant, il faut encore subir les aléas de la guerre. Les soldats italiens alliés aux unités allemandes ont pris position pour surveiller les côtes d'une part et l'intérieur de l'île d'autre part, en investissant collines et bois. En effet, l'île est défendue par la Sixième Armée italienne qui compte plus de 200 000 hommes au moral plutôt bas, troupes à l'état catastrophique, appuyées par une seule unité de Panzer constituées de jeunes recrues allemandes. Des unités de surveillance qu'il vaut mieux éviter de rencontrer ou de voir débarquer chez soi. Leurs passages dans les fermes sont immanquablement suivis de larmes et de grincements de dents, car forts de leur statut de combattants, les soldats italiens prélèvent leur butin de guerre sur les réserves de nourriture et surtout dans les poulaillers ou les clapiers.

Lorsqu'elle va à la corvée de l'eau, Chiara entend souvent les commères raconter les derniers faits divers. Les soldats réquisitionnent les maisons et les granges, ils volent et violent tout ce qui tombe sous leur main. Et les admonestations indignées mais tardives, et les plaintes pieuses adressées au ciel apportent alors au village une couleur dramatique digne des plus grands mélodrames. Les vieilles se signent, les femmes portent leurs mains à leurs visages comme si elles voulaient se cacher d'hypothétiques violeurs, les petites filles hésitent entre rires et larmes ne comprenant pas vraiment la portée des évènements relatés. Puis le calme revient lorsque le curé, tout en objurgations, leur commande une conduite digne et respectable devant Dieu et les hommes. Chacune repart alors avec la charge d'eau, qui sur la tête, qui sur l'épaule, ou au bout du bras, ruminant dans le cœur idée de fuite pour la plus timorée et idée de vengeance pour la plus intrépide, comme Chiara. « Que ne suis-je un garçon ? Ils verraient, ces porcs, de quel bois je me chauffe ! » Car le malheur tombe sur la pauvre fille violentée. Désormais souillée, elle ne connaîtra plus le respect ni de sa famille, ni des hommes. Plus personne ne la voudra. Vieille fille elle restera, à moins qu'elle ne quitte le pays et trouve asile en un lieu plus ouvert et plus tolérant. Chiara se souvient de la douce et belle Assunta. C'était avant la guerre, mais les mœurs et les évènements n'étaient guère différents en temps de paix. Ce qui fait penser à la petite Chiara qu'il n'y a pas de paix chez les miséreux. Jamais. Des actes de barbarie, il y en a en tous temps, de guerre ou de paix. Assunta du haut de ses quatorze ans, pure beauté brune aux lignes fines, était l'image même de la candeur et de l'innocence. Son seul péché fut de se trouver sur le chemin d'une de ces bandes de maraudeurs que la mafia envoyait pour prélever le tribut aux fermiers. Fromages, volailles, jambons, légumes… cependant d'autres appétits furent assouvis ce jour-là. Pour le grand malheur de la jeune fille. De dépression en névrose, elle finit par se pendre chez elle, dans la maison où personne ne lui adressait plus la parole. De petite fille, elle devint en un seul jour, fille perdue. Sacrifiée sur l'autel du sacro-saint honneur de la famille.

© Liza Lo Bartolo Bardin - Tous droits réservés


Pour le commander :

CouvETEsicilien

135 pages

ISBN 978-2-916685-19-9

Format : 14x20 cm

Prix : 15 € chez Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

 

Lors de mon travail de recherche pour l'écriture de ce roman, je me suis adressée aux étudiants de l'université de Catane en Sicile pour collecter quelques citations et proverbes siciliens. Federica est l'une des trois étudiants qui ont si gentiment répondu à mon appel, et voici son ressenti après lecture :


Chère Liza,

J’ai terminé la lecture de ton livre y a quelques semaines et je dois te féliciter pour plusieurs choses.

Avant tout pour ta façon d’écrire très fluide et introspective, ensuite pour deux portraits en particulier dans le roman : celui de la mammina , Chiara et celui de son père Don Vittorio. J’ai trouvé géniale la description de la souffrance et du désespoir de cette jeune fille, mais en même temps de la dignité, de la force et de la fierté qu’elle montre en devenant tout à coup un guide pour ses petits frères, en opposition à la figure négative d’un père trop violent et sans scrupules, qui traite ses enfants comme des objets. Malheureusement il s’agit d’une triste réalité qui a longtemps existé en Sicile et désormais disparue, mais je trouve que ton travail de « mémoire » a été très important et émouvant puisque on ne doit jamais oublier ses propres racines et toi, de cette façon, tu as parfaitement rendu hommage à l’histoire de ta famille mais, aussi, à celle de millions d’autres familles qui ont vécu des situations plus au moins pareilles (et, comme tu sais bien, il y en a vraiment beaucoup!).

Mes félicitations aussi pour ce qui concerne la partie historique : tu as fait une très bonne reconstitution des événements et tu m’as fait découvrir des choses que je ne connaissais pas, tout en étant sicilienne (donc merci infiniment)!

Peut-être la partie qui m’a frappée le plus est celle qui raconte la mort soudaine de Lucia, mais je pense que ça est surtout lié au fait que j’ai vécu une situation pareille avec mon père il y a 3 mois, donc des phrases comme « le ciel versait ses torrents de larmes pour le départ si inattendu, si illogique, si injuste d’une personne qui donnait l’image et l’exemple de la santé […] » m’ont vraiment touchée.

Merci encore une fois pour m’avoir fait cadeau d’une si belle histoire et de ta gentillesse, j’espère (et j’en suis sûre) que ton livre va avoir beaucoup de succès en France.

Federica

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Dernière mise à jour : ( 02-09-2008 )
 
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