Chronique : roman autobiographique en cours d'écriture
Écrit par Administrateur du Site   
19-07-2008
« Chronique »,  un roman autobiographique en cours d’écriture. 35 pages, jamais achevées ...

 

Ballades interminables dans la ville, sur les bords de Loire... Boire, regarder sans cesse, me rassasier de toutes ces images que je redécouvrais comme si c’était la dernière fois, comme si j’allais ne plus revenir, comme si j’allais mourir. La grosse ancre, sur les quais qui me fascinait, minot. La salle des fêtes dont j’avais quelques fois écumé la scène, Molière, Feydeau, Guitry... Mon premier contact avec le public. Mes premières sensations, le PMU, la mairie, la charcuterie Bruand (ma grand’mère m’envoyait chercher des tranches de jambon « coupées fines »), prisu, codec et leurs charmantes caissières que  je dévorais du regard plusieurs fois dans la même journée (« pourquoi aime-t-il tant faire les courses, tu étais si serviable quand tu étais petit »). Les bars, leurs babys et leurs flips, leurs patrons grincheux et leurs clébards aveugles…Cette ville que je méprisais comme par snobisme juvénile devenait soudain comme un paradis perdu. Et mes pieds glissaient le long des trottoirs. Et cet endormissement voluptueux attendrissait mes yeux. Et ma pensée se plaisait à regretter. ... 

 

Étrange arrivée à la gare de Lyon. Grise. Le béton me faisait peur, les tags aussi. A cette période, c’était synonyme de violence, je ne sais pas pourquoi. L’interdit sans doute, une provocation, comme des totems vaudous érigés pour éloigner le promeneur. J’y étais. Ce Paris inconnu s’ouvrait au petit provincial plein de rêves. On dit que les vrais parisiens de souche n’existent plus. Moi, j’étais prêt à changer de nationalité, prêt à argoter à la Audiard, prêt à me « caméléoner », à changer de vie. Paris, c’était la Légion Étrangère : peu importe d’où tu viens ni ce que tu as fais, tu es ici chez toi, mais il y a des règles. Et la première c’est qu’il faisait gris. J’avais rendez-vous avec Mme R. Les clefs. Son appartement prêté dans l’attente de trouver mieux. Rue Oberkampf. Sur le chemin, j’observais. La vie, la foule bigarrée du XIe. Beaucoup d’étrangers .C’était nouveau. En Province, les magrébins, seule population étrangère avec les portugais, étaient parqués dans des HLM et devaient affronter les regards hostiles dès qu’ils descendaient en ville ; ici, ils semblaient à l’air libre, souriants. Il y avait des HLM partout. Plus jolis que des HLM, des immeubles.  Le code de la porte. Nouveau ça aussi les codes. 6eme étage sans ascenseur, elle m’attendait là-haut. J’avais chaud, mon sac était lourd, j’attendais un visage connu. Elle, d’ordinaire si souriante et aimable, était devenue froide. Sans doute fallait-il se forger un masque à Paris.

 

Description  sèche des commodités, avec insistance prononcée sur les règles de bon voisinage. Réduire à néant mes éventuelles pulsions de jeune ado qui débarque avec une envie de foutre le bordel, de ramener des filles ou je ne sais quoi. Je la remercie chaleureusement, elle me quitte sans omettre de me souligner une nouvelle fois que ce « dépannage » ne pourra durer qu’un mois. Elle part. Je pose mon sac sur le lit. Digestion de cet intense moment de bienvenue. Mes yeux font un lent travelling sur « la » chambre. Un lit, un lavabo, une fenêtre. Je sors, cherche les toilettes sur le palier. Grand moment de solitude. Réduit à sa plus simple expression. Après avoir connu le précaire des vies en collectivité à l’internat, les réveils à 6 heures, la toilette à l’eau froide dans une salle-de-bain-hall-de-gare où s’enchaînait une série de lavabos éclairés aux néons…je croyais avoir tout vu, tout supporté. Cette réflexion existentielle n’a durée que quelques minutes. Accessoire, ce n’était qu’accessoire.

 

Tous les étudiants débarquant dans une grande ville sont logés à la même enseigne. Je suis porté tout de même par autre chose que ces pauvres petites considérations bassement matérielles. Mon petit confort, et puis quoi encore.

 

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Dernière mise à jour : ( 20-07-2008 )
 
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