Clotilde suce divinement tout en jouant de la viole de gambe...
La viole de gambe de Clotilde était un authentique instrument d’époque.
Elle posa un baiser sur la pointe du gland qu’elle laissa glisser entre ses lèvres et pénétrer très lentement dans sa bouche. Le son grave, d’une profondeur viscérale, de la viole, vibrait au creux de la buccale volupté. La langue, si fraîche, frétillait avec la musique de Marin Marais.
L’archet frôlait mes jambes.
Sur une gavotte la suceuse s’enhardit, les ailes de son nez se mirent à palpiter, son phrasé s’enfiévra, ma volupté s’amplifia en vagues vaporeuses ascendantes, mon corps se dilata en fleuve d’ivresse — le gland toucha la gorge et je fus inondé d’une lumière blanche qui submergea tout.
(La musique baroque est la volupté même. Elle coïncide exactement avec la chair et l’ivresse des sens ; — vérité qui me fut révélée lorsqu’un jour je fis jouir à mort une grande rousse, en levrette, en écoutant les Leçons des Ténèbres de François Couperin, la voix d’Alfred Deller se mêlant aux gémissements de l’enconnée...)
La joueuse de viole goba le foutre. Je me retirai, elle tourna la page et attaqua un menuet.
— Jamais je ne l’ai entendue jouer d’une manière aussi... profonde, lança Danaé.
J’étais inerte, le vit pointant au ciel.
Danaé fit jaillir ses seins.
Les deux globes de chair lumineuse éclairèrent la salle.
YOUNISOS, écrivain.
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