Madame Vénus
Écrit par CARBONE Paul   
06-10-2008
L’emploi d’un certain vocabulaire dérange infiniment plus que ce qu’il désigne. Toute mon oeuvre érotique repose sur cet emploi. Ce que j’y raconte est anodin, mais les mots sont incongrus.
 

Madame Vénus

 



Chère Mademoiselle,

 

Votre lettre m'a touchée, flattée même. Écrire à une romancière, gâtée par le sort et les médias, qu'elle a du "génie" n'a rien en soi d'insultant. Mais bien au-delà de votre enthousiasme juvénile, m'ont alerté l'imminence de votre mariage et les recommandations que vous souhaitiez recevoir. Suis-je bien placée pour infléchir vos idées et vous "donner des conseils" ? J'en doute. A votre âge, amoureuse comme vous de "l'homme idéal", je béais encore aux lointains mirifiques de la passion éternelle, unique et rose bonbon. Aujourd'hui, après en avoir essuyé plusieurs d'éphémères (le style gris plombé ou noir cirage), vous comprendrez que j'émette des réserves à propos de ce que certains confrères, plus zélés que moi, appellent "une rencontre de deux salives" ou "une partie de paradis".

Restons prosaïque.

Vous me demandez : "Est-il possible de s'attacher, de garder un homme toute sa vie ?" Toute sa vie, NON, - à moins qu'il ne meure jeune ! Tout dépend aussi dans quel état de fraîcheur vous entendez le garder ? D'une manière générale, l'homme se conserve moins bien que le Nutella ou les sardines. Du moins ceux que j'ai connus moisissaient-ils vite ou s'aigrissaient-ils rapidement dès que j'omettais de les aérer. J'entends par là des hommes d'une qualité au-dessus du lot. Pour les autres, aucun problème : une petite gâterie tous les quinze jours, l'assiette pleine à ras bord midi et soir, d'impeccables liquettes et les flatteries d'usage (la brosse à reluire de l'orgueil) suffisent à l'acheminer jusqu'au gâtisme. Mais je crois vous avoir déjà comprise : votre amoureux ressemble à Tarzan, multiplié par Einstein. Le pied ! (et la tête, évidemment !). Donc, avisons :

PREMIER CONSEIL

Avant d'être quoi que vous en pensiez, l'homme est une glande. Une glande double, surmontée d'un gland, mais une glande. De cette boursouflure atavique, il tire sa fierté, ses cris de gorille et d'imprévues déceptions, desquelles nous sommes toujours responsables, évidemment ! Premier conseil, donc : parlez-lui de cette glande. Tous les jours et, si possible, plusieurs fois par jour. Vantez-en l'énormité, la longueur, la forme, la dureté, la douceur, l'activité insatiable, TOUT ! Mentez sur tout : il n'y verra que du feu. Ajoutez même que ses dimensions vous ravissent, vous effraient, comblent vos espoirs les plus fous; bref, ayez-en - si vous me pardonnez l'expression - plein la bouche, un peu à la façon de ces nouvelles accouchées qui bêtifient des mots tendres à leur marmot, ce petit tas de viande cacateuse - à quoi ressemble d'ailleurs la glande en question !

DEUXIÈME CONSEIL

La prise en main de la glande s'impose comme le corollaire immédiat du panégyrique précédent. Là encore, aucune distraction n'est permise : la glande doit être frôlée, caressée, soupesée, contrôlée plusieurs fois par jour. Ne croisez jamais votre ami dans l'appartement, fût-ce dans la cuisine ou le garage, sans vérifier si la glande est là, au repos certes, innocente à la rigueur, mais là. Cette vérification permanente assure au propriétaire de la glande un sentiment d'appartenance divine et d'irremplaçabilité absolue. Je n'ose à peine vous dire que cette règle ne souffre aucune exception ! Même malade, même en visite chez des amis, au cinéma ou dans les grandes surfaces, heureuse comme on ne l'est plus ou endeuillée comme quatre, d'une discrète pression de la main ou d'un mouvement du genou, la glande doit être maintenue en état de veille permanent. Pourquoi ? Mais parce que l'irritabilité conditionne l'abondance de la sécrétion glandulaire et qu'une glande au repos, c'est en quelque sorte un homme qui dort.

TROISIÈME CONSEIL

Les hommes raisonnent sobrement : pour eux, hormis leur mère, toutes les femmes sont des putes - ou peu s'en faut. En fait, leur rêve amalgame l'angélisme et la prostitution, le bien et le mal, les yeux baissés et la cuisse consentante avec une simplicité qui tient du prodige et de l'âge des cavernes. En clair, pour eux, la femme idéale diabolise du fessier pendant qu'elle lit le missel. Ce chef-d'oeuvre virtuel a autrefois sévi dans les romans de Mauriac, mais toujours dans une dichotomie de bon aloi , l'expression et/ou n'existant pas à l'époque. Aujourd'hui, la libération sexuelle ayant ravaudé ces distinctions, elles n'en demeurent pas moins immuables pour le mâle qui toujours cherche, dans l'obscurité de notre lune, un soleil naissant. Mon troisième conseil donc : soyez une pute dans l'intimité, une sainte au-dehors. Le style Manon Lescaut, revu et corrigé par Marguerite Duras, si vous voyez ce que je veux dire...Par exemple, fardez-vous à la truelle, harnachez-vous de sous-vêtements démentiels, de culottes folles, de talons vertigineux, voire - pourquoi pas ? - de petites cotonnades juvéniles, de socquettes blanches, de col Claudine que vous arborerez en mâchonnant une sucette au citron. Ou encore, optimisez le cuir, la panoplie de l'infirmière, celle de la carmélite, l'uniforme seyant de "l'aubergine"; jouez Bécassine, la Merteuil, Margot, Lolita, Justine, sainte Thérèse, et même - s'il faut en passer par là ! - une libellule, une truie, un pot de fleur ! Mais de grâce, ne restez pas vous-même trop longtemps ! Si vous saviez à quel point la glande dont nous parlions plus haut s'use vite !

QUATRIÈME CONSEIL

La fellation

Autrefois, toujours 'il faut en croire Mauriac, la fellation ressortissait à ces "patientes inventions de l'ombre" que l'insipide Bernard Desqueyroux assouvissait sur son empoisonneuse de femme. Aujourd'hui, la moindre petite collégienne, initiée aux Mars et aux Bounty, réussit à la perfection ce genre d'exploit . Signe des temps, auquel je vous suppose sensible, vous rappelant que la fellation constitue notre arme capitale avec le remuement du fessier. Petites précisions cependant : un homme qu'on felle se croit, ipso facto, investi d'une mission civilisatrice et nourricière. C'est peu dire que Jupiter n'est pas son cousin ! Cette domination purement géographique (il contemple notre ouvrage) le plonge dans une ivresse mégalomaniaque dont nous recueillons le fruit. A vous de voir (je ne connais pas vos goûts en matière de yaourt) si vous désirez le consommer jusqu'au bout ! Une chose est sûre : le principe élémentaire des vases communicants galvanise certaines femmes, qui trouvent là un moyen de se vitaminer le cerveau à peu de frais. Gustativement, la fadeur de cette crème me rend suspecte leur gloutonnerie, mais dois-je les en condamner pour autant ? A les en croire, il semblerait que cette potion possède des vertus toniques ! Qu'importe. Sachez simplement que votre conjoint vous saura gré d'en reprendre : elle attestera de votre part cette gourmandise insatiable qui tant rassure le mâle sur l'acidité de ses humeurs.

Quand feller ? Il n'y a pas d'heure pour les braves. Moins encore de lieux. Par tradition, l'agenouillement est de rigueur, mais toutes les acrobaties s'équivalent. L'idéal confine, au petit matin, à l'éveiller doucereusement dans votre bouche. Mais il faut plonger dans les miasmes de la nuit, respirer le suint, lécher les entours du marécage et déglutir à jeun une mixture écoeurante qui rappelle, par moment, la plume d'oie des Romains. Enfin, persuadons-nous que les voies de l'amour sont pénétrables et divines ses liqueurs !

CINQUIÈME CONSEIL

Le fessier

Ou, si vous préférez, notre cul.

Pour l'homme, en général, le centre même de la galaxie. Les avantages du soleil (la chaleur), mais les vertus cathartiques de la lune. Le cul de la femme purge l'homme de son romantisme orbiculaire. D'aucuns y voient la source de notre unique talent; d'autres, par malveillance ou cynisme, décrète qu'il n'est qu'un tremplin, une échelle, une rampe de lancement social, sorte de Cul Canaveral en quête de satellites rentables ! Qu'importe d'ailleurs ces plaisanteries de corps de garde : si discutable que soit la valeur de notre cul, l'essentiel demeure qu'il soit coté. Et , bien sûr, coté en bourses ! En fait, cette fascination s'explique par l'obscurantisme du mâle, son goût de l'égout, son obsession du caca. Ce qui fascine les hommes dans notre cul, c'est le verrou qui l'étrangle. Rien ne les arrête : peau d'orange, tombereaux de cellulite, fesse flasque, petit ou gros cul. Pire : c'est l'énormité de la muraille qui fait les serruriers les plus obtus ! Plus la bête est monstrueuse, plus le mâle s'obstine à la percer ! Belle chose, à votre âge, de vous illusionner sur la splendeur de votre cul ! Est-il parfait ? Je n'en doutais pas un seul instant. Mais n'allez surtout pas croire que sa perfection assure sa convoitise. Et surveillez de près votre amie intime, celle dont le cul ressemble à l'Arc de Triomphe : les soldats inconnus n'ont jamais dû lui manquer !

Enfin, quelle que soit votre chance de ce côté-là, encore faut-il que votre cul parle ! Tous les mannequins le savent, qui apprennent prioritairement à le remuer. Donc, apprenez. Apprenez que l'ondoiement appelle la raideur et que tout balancement est un appel. A quoi servirait-il d'avoir pareille protubérance, si vous déambulez comme un veau ? Marchez comme on danse; et, dans l'intimité, aérez-le. Un cul à l'air, c'est beau comme une matinée de printemps ! Et cette charmante vision entretient à peu de frais l'image subliminale qui tapisse tous les cerveaux masculins.

Reste la sodomie.

Délicat problème, j'en conviens. Mais relisez Baudelaire : l'excrément décore la perversion. Il symbolise pour l'homme l'envers toujours convoitable de la splendeur de vos yeux. Je vous le répète : l'azur et la fiente conditionnent ses deux pôles attractifs. Certaines femmes adorent les étreintes cacateuses; d'autres s'y refusent obstinément. Question de sphincter ou de morale, difficile choix ! Mais prudence : votre homme idéal vous sera toujours gré de le promener jusqu'en enfer.

 

SIXIÈME CONSEIL

Les seins.

Nous le savons : les mâles, mais aussi les avortons, adorent les gros seins. Propriétaire dans l'âme, l'homme préfère toujours un château de silicone à un gourbi d'épiderme. Question de mode ? Peut-être. Le canon égyptien les prône-t-il minuscules, durs et musclés à l'époque des Romains, pigeonnants chez nos grands-mères ? Sans doute. Mais, comme le dit le bon Nietzsche : "Seules les apparences sont certaines". L'homme clame-t-il le contraire : que les oeufs au plat l'attendrissent jusqu'aux larmes, qu'ils tiennent seuls et que la femme-génisse l'horrifie ? Foutaise ! Si l'antilope flatte ses prétentions esthétiques, la truie le fascine. Il aspire à retrouver maman, suçoter la vie à des mamelles géantes, boire à des seins triomphants ! Voilà ce qu'il veut. Les vôtres sont normaux, m'écrivez-vous ? Prenez-en votre parti, sachant que la norme vaut toujours moins que l'énorme. En voulez-vous une preuve ? Fellini l'illustrera mieux que moi.

Voilà.

Je crois avoir, grosso modo, fait le tour de la question. Ces conseils vous paraîtront bien rudimentaires : ils ont fait leurs preuves. "Mais l'intelligence, la sensibilité, les qualités de l'âme et de l'esprit ne sont-elles pas déterminantes pour garder un homme près de soi ?" Mais si, mais si ! Saupoudrez-en vos soirées, mais n'en rajoutez pas trop.

Et bon courage !

 

Madame Vénus

 



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Dernière mise à jour : ( 06-10-2008 )
 
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