Ma grand-mère est presque centenaire mais je ne souhaite pas qu’elle décroche cette timbale. Cette entrée en matière peux choquer, j’en ai conscience, mais sachez que je le suis moi même quand je pousse la porte de sa chambre. A cet âge, une année compte triple et ma grand-mère s’abime plus vite que les fleurs dont le nom ornent le fronton de sa maison de retraite.
Ma grand-mère est presque centenaire mais je ne souhaite pas qu’elle décroche cette timbale.
Cette entrée en matière peux choquer, j’en ai conscience, mais sachez que je le suis moi même quand je pousse la porte de sa chambre.
A cet âge, une année compte triple et ma grand-mère s’abime plus vite que les fleurs dont le nom ornent le fronton de sa maison de retraite.
Une année, oui. Le lieu n’est pas à ma porte et mes visites se font rares.
La vie va.
Mea culpa.
Légèrement penchée vers l’avant, elle se balance dans son fauteuil et semble en grande discussion avec un gilet de couleur rouge. Elle monopolise cette histoire sans parole, c’est une évidence, mais je suis frappé par ses hochements de tête ce vague regard qui la rythme.
Un sas entre ce monde d’égoïstes où nous voulons la retenir et l’autre, impénétrable pour le commun des mortels, qu’elle devine sans crainte.
J’attends le grand jour, dit-elle régulièrement.
Son impatience pourrait se nourrir de lecture et de films mais plus rien ne l’intéresse depuis son entrée aux Hélianthines.
A l’exception de ma présence, peut-être, qu’elle devine dans la pièce. Pour le plaisir, également, de deux bises supplémentaires et réclamées mais…, très vite elle repart…, puis revient…
Malgré le masque mortuaire posé sur son visage, je préfère encore la surprendre dans son sommeil.
Pour nous donner bonne conscience, nous mettons l’accent sur cette structure gériatrique à taille humaine et, obligés, nous serrons les mains de fées qui l’assistent au quotidien.
Dans l’absolu, une fin de vie au milieu des siens reste le meilleur de ce dont nous pouvons espérer mais cet endroit reste correct. C’est un fait.
Alors, pourquoi ces mots ?
Pour adoucir une culpabilité, pour retenir la menace qui plane sur mes souvenirs d’enfance, pour l’image de ma propre chute à venir qui se dessine derrière la sienne ?
Bien sur.
Et parce que je l’aime.
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