Salope
Écrit par CARBONE Paul   
28-09-2008
L’emploi d’un certain vocabulaire dérange infiniment plus que ce qu’il désigne. Toute mon oeuvre érotique repose sur cet emploi. Ce que j’y raconte est anodin, mais les mots sont incongrus. SALOPE

 





 

Derrière ce terme, hautement péjoratif, se cache la pudibonderie d’un éloge. On condamne ainsi verbalement les jeux du mensonge pour mieux louanger l’oasis des perversions. Quand on sait la pauvreté du genre humain, l’océan des visages disgracieux et la tristesse des corps, en quoi une croupe vagabonde, un sein débridé, toute une sensualité remuante qui nous parlent de l’amour deviendraient-ils condamnables ?
 
Les salopes - les vraies, celles dont l’appétit de chair fraîche se confond avec un esprit tourmenté - sont la panacée du monde. Ôtez les salopes et toutes les femmes se mettront à ressembler à Thérèse Desqueyroux. Un pas de plus et nous tombons sur la mère Thérésa. Je lui préfère Carmen.
Mais ne confondons pas la femme volage et la grande salope de haut vol. Les premières sont souvent des papillons de plaisir. Elles vont de verge en verge pour récolter du pollen, battre des ailes, profiter fébrilement de l’immensité d’un ciel superbe dans la splendeur de l’été. L’hiver venu, elles se calfeutrent dans la bienséance du mariage, picorant au passage un ami ou deux, épongeant prestement une convoitise légitime qu’on ne saurait décevoir.

La vraie salope, elle, récure les coins de notre âme, décortique nos fantasmes, épuise la panoplie de nos désirs les plus fous, dérange l’ordonnance de nos peurs. Elle habite un monde clos, puissamment pervers, douloureusement insatiable, dangereux et fascinant. Elle joue sa vie sur une étreinte pour gagner son éternel pari avec Satan. Elle est Dalila, Justine, Lolita, avec un zeste de Mata Hari et des airs de Miss Macbeth.
 

Malléable par instants, inflexible à d’autres, adoratrice et profane, elle lègue ses regards de mie de pain aux hommes perdus dans la forêt des ténèbres; et passe, pour le commun des mortels, comme une traînée de soufre, un vent tiède de folie, une déchirure inexplicable dans le ciel.



Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
 

http://pagespersoorange.fr/paul.carbone/index.html

Commentaires
Rechercher
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!

3.23 Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

Dernière mise à jour : ( 01-10-2008 )
 
< Précédent   Suivant >


Suivez-nous sur Twitter