Simple critique de film ou interprétation, le cinéma de David Lynch n’est pas facile d’approche. Dans Twin Peaks Fire walk with me, le personnage de Laura Palmer frôle la psychose. Avec cette blonde hollywoodienne, le réalisateur chercher à faire passer un message
La manie de Laura est dysphorique : son humeur change rapidement d’euphorique à dépressive. D’amoureuse elle passe à insensible, de ricaneuse à désespérée (comme en témoigne ses crises de pleurs), de manipulatrice, elle passe à manipulée,…
Dans son univers rose bonbon/gris et manichéen, la bienveillance (Laura surprotégeant Donna de l’enfer de la prostitution) s’oppose à la malveillance (à connotation sexuelle; père, Bob, Jacques, Léo…). Cette opposition renvoie à la division du sujet. L’identité fragile de Laura laisse cohabiter toutes ces tendances : «On a tout sauf qu’on a rien.» dira t-elle.
Les gros plans manifestent l’étouffement d’une Laura prise entre son rôle (la persona est un costume) de petite fille modèle adorable (jupe à carreaux et cardigan de type uniforme de lycéenne) et la méchante débauchée devenue femme fatale, droguée et nymphomane (jupe noir très courte, bas et porte-jarretelles, lingerie). Mieux encore, Laura fréquente le «Bar Bang Bang» (néon, revolver phallique), les soirées orgiaques et est impliquée dans un réseau de prostitution : elle est encore mineure. David Lynch puise à même le mythe de la féminité hollywoodienne dichotomique : une Laura, blonde et suave versus une Donna, prude modeste et brune.
«Tu ne me connais pas. Il y a des choses dans ma vie que personne ne connaît». Laura n’a pas un problème de personnalités multiples, ce qui n’exclue pas un certain clivage. Laura a une néo-identité.( Le thème du corps, du costume, de la blondeur, du collier, symbole de jouissance symbolique et de possessivité et de la spirale psychotique rapproche Laura de la Madeleine de Hichcock dans «Vertigo».) Le corps exprime l’ambivalence psychotique (voir la douleur psychosomatique du bras de Laura).
«Étrange destin du corps, lourd de conséquences, qui est conjointement le substrat nécessaire à la vie psychique, le fournisseur de modèles somatiques, notamment ceux du sensoriel, que lui emprunte la représentation, mais qui, parce qu’obéissant à des lois hétérogènes à celle de la Psyché, et qui devront obtenir satisfaction réelle, commence à apparaître à l’instance psychique comme preuve irréversible d’un ailleurs, et de ce fait objet privilégié d’un désir de destruction.» Piera Aulagnier, Corps et histoire, citée in Josiane Chambrier, Roger Perron, Victor Souffir, Psychoses II, Aux frontières de la clinique et de la théorie, p.42.
L’hallucination est la mobilisation d’énergie engagée dans un mécanisme de défense. Bob est une projection hallucinatoire, une représentation parasitée et déplacée de l’insupportable : le contenu inconscient latent est éjecté à l’extérieur sous forme d’auto-reproche souffrant à caractère sexuel : le désir devient hostilité. Le délire et l’hallucination expulsent de l’espace psychique la souffrance que Laura vit. Le retour du refoulé, l’essence de ce qui est rejeté à la conscience, marque le réel.
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